Choix du bibliothécaire

Hommage à Michel Jeury

16 janvier 2015

Michel Jeury, Le Temps incertain (R. Laffont, 2008. « Ailleurs et Demain » ; 22)

Michel Jeury, Le Temps incertain (R. Laffont, 2008. « Ailleurs et Demain » ; 22)

Le 9 janvier 2015, Michel Jeury, qui a incarné le renouveau de la science-fiction française dans les années 1970-1980, est mort dans le Vaucluse. Dans ses romans la réalité est toujours plus complexe qu’il n’y paraît. Il en est de même pour Jeury, écrivain qui a eu plusieurs vies.

Né en Dordogne le 23 janvier 1934 à Razac-d’Eymet (Dordogne), il obtient son bac en 1952 tout en aidant ses parents pour les travaux agricoles. Il commence à écrire à cette époque, sans grand succès, malgré le prix Jules Verne pour La Machine du pouvoir (1960), publiée sous le pseudonyme d’Albert Higon. Ce qui l’oblige à exercer divers métiers : instituteur, visiteur médical, représentant, etc. Il arrête tout en 1967 et s’installe chez ses parents pour travailler son écriture. Il publie sous son vrai nom en 1973 dans la prestigieuse collection Ailleurs et Demain un roman qui bouleverse la SF hexagonale, Le Temps incertain.

Il y revisite le thème classique du voyage dans le temps. Mais le passé n’y est pas figé, et s’interpénètre avec le présent et le futur. Les événements tournent en boucle, se reproduisant avec des variantes, l’histoire se distord sous l’action de la « chronolyse », technique de voyage temporel déclenchée par la drogue et la douleur qui rend les « psychronautes » indécis, schizophrènes, et les fait entrer dans un « temps incertain ». Comme chez l’écrivain américain Philip K. Dick, la réalité elle-même se dilue, mais Jeury y ajoute une exploration de la psyché des individus, ainsi que des emprunts stylistiques à l’école du Nouveau Roman, tout en faisant une critique radicale d’une société aux mains de multinationales. Dans la suite de ce roman, Les Singes du temps (1974), il fait d’ailleurs dire à un de ses personnages : « nous nous battrons avec nos rêves ». Le Temps incertain reçoit le Grand Prix de la Science-fiction française en 1974.

C’est la consécration. Michel Jeury devient la référence des jeunes auteurs français de science-fiction. Il reçoit chez lui de nombreux écrivains, confirmés ou débutants, dans ce que Gérard Klein qualifiera plus tard de « pèlerinage d’Issigeac ». Ce qui ne l’empêche pas d’écrire de très nombreux livres : Les Yeux géants (prix Rosny ainé 1981), L’Orbe et la roue (prix Apollo 1983), Le Jeu du Monde (prix Julia Verlanger 1986), la série des Colmateurs. Et surtout Soleil chaud, poisson des profondeurs (1976), autre livre-culte qui décrit un futur éclaté, terrible, où la solution trouvée par les individus pour échapper à un monde déstructuré et mortifère est la fuite dans des syndromes psychosomatiques d’évasion (le « soleil chaud ») ou de repli (le « poisson des profondeurs »). Il publie aussi des ouvrages plus faciles d’accès, notamment dans la collection Anticipation (plus d’une vingtaine de titres).

Dans les années 80’ Michel Jeury est reconnu comme un maître en son domaine. Mais il manque d’argent. Il décide alors de changer radicalement de perspective et d’écrire sur son autre passion : la paysannerie. Cela commence dès 1981 par une biographie de ses parents, Le Crêt de Fonbelle. Puis il se lance une décennie plus tard dans ce qu’on appelle, parfois avec dédain, le « roman de terroir » : Le Vrai Goût de la vie (1988), Une odeur d’herbe folle (1989) ou L’Année du certif (prix Charles Exbrayat 1995). Les intrigues se situent généralement en Dordogne ou dans les Cévennes, régions qu’il affectionne. Le succès est au rendez-vous, les rééditions se multiplient. Il en profite aussi pour se lancer dans une Petite Histoire de l’enseignement de la morale à l’école (2000). Il effectue un dernier retour à la science-fiction avec May le monde, qui, obtient le « Grand prix de l’imaginaire » en 2010.

Durant toute sa carrière, il a écrit plus d’une cinquantaine de romans et une centaine de nouvelles. Pour exprimer ce qui le faisait avancer, Jeury disait qu’il avait « la tête dans les étoiles et les pieds sur la terre ». Une rue à Issigeac porte son nom.

En savoir plus :

- Vous trouverez les principaux romans de science-fiction signés Jeury en libre-accès dans la bibliothèque du Haut-de-Jardin, salle H, « Chambre Jaune », cote SF84 JEUR.

- Retrouvez sur data.bnf tous les documents de et sur Michel Jeury présents à la Bibliothèque nationale de France.

- Et pour ceux qui aimeraient aller plus loin, il existe un site : Les Amis de Michel Jeury.

Partager ce billet
  • TwitThis
  • Facebook
  • E-mail this story to a friend!
  • Print this article!
  • LinkedIn
Adresse du rétrolien (trackback) pour ce billet :
http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2015/01/hommage-a-michel-jeury/trackback/

 

Laissez un commentaire