Choix du bibliothécaire, Expositions

[Actualités audiovisuelles] Piaf au cinéma

13 juillet 2015

Une femme du peuple, une révolutionnaire, agrippée aux grilles du château de Versailles et entonnant le « Ça ira »… Cette image, extraite de Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry, symbolise, à elle seule, la mince carrière d’Édith Piaf au cinéma. Intuition de metteur en scène, reflet d’un inconscient collectif : la seule chanteuse d’avant 1960 dont le souvenir dépasse les cercles d’amateurs est devenue une Marianne d’images d’Epinal.

Mais nul n’aurait pu lui prédire ce destin lorsque Piaf apparait pour la première fois sur un écran de cinéma. Tourné fin 1935 et sorti sur les écrans en février 1936, La garçonne, adapté par Jean de Limur d’un roman de Victor Margueritte, connaît alors un petit succès de scandale lié à son évocation des amours lesbiennes.

Piaf n’y figure que le temps d’une chanson, comme une sorte de succédané de Damia. Elle revient sur les écrans deux mois plus tard mais, s’il y a là aussi mise en scène, la jeune chanteuse de vingt ans s’illustre, à son corps défendant, dans un reportage de la rubrique « faits divers » des actualités cinématographiques. Louis Leplée, qui l’a sortie de la rue et l’a fait débuter dans son cabaret de la rue Pierre Charron, a été assassiné. La police soupçonne une forme de complicité de la débutante jusque-là liée au milieu. Elle est très rapidement blanchie et s’en explique lourdement devant les caméras, les larmes aux yeux et le verbe encore malhabile.

La rencontre avec le public des salles obscures était manquée. Le cinéma ne revint la chercher qu’après qu’elle fût devenue vedette. On était en 1941 et la guerre n’empêcha pas Georges Lacombe de tourner la bluette qu’est Montmartre-sur-Seine, où Piaf fait ses débuts d’actrice entourée du nouveau venu Henri Vidal, de Jean-Louis Barrault et de Denise Grey. Paul Meurisse, qui commençait lui aussi sa grande carrière et dont l’histoire d’amour avec Piaf touchait à sa fin, complète la distribution.

Il faut oublier Neuf garçons, un cœur, tourné en 1948 par le tâcheron Georges Freedland, hallucinant navet dont les 86 minutes semblent interminables et dont l’unique mérite est de nous permettre de voir et entendre Piaf chanter La vie en rose et, avec les Compagnons de la Chanson, Les trois cloches.

Passer rapidement sur les films où elle n’apparaît que le temps de chanter une ou deux chansons (Paris chante toujours, le plaisant Boum sur Paris où elle retrouve son mari Jacques Pills, et le film mexicain Música de siempre) pour nous attarder sur Si Versailles m’était conté et, surtout, le seul chef d’œuvre de sa filmographie, French Cancan (1954) de Jean Renoir : 40 secondes de présence à l’écran pour incarner Eugénie Buffet chantant La sérénade du pavé.

L’occasion pour Édith Piaf de gagner 700 000 francs de l’époque en une demi-heure de travail et de poser en costume 1880 pour quelques photos en compagnie de Jean Renoir, le réalisateur, de Françoise Arnoul, la vedette du film et d’André Claveau, invité, comme elle, à incarner Paul Delmet quelques secondes à l’écran. Et, enfin, nous attarder sur les deux films importants de sa filmographie d’actrice, œuvres du réalisateur Marcel Blistène.

  • Étoile sans lumière

Étoile sans lumière, sorti en 1946, est souvent comparé à Chantons sous la pluie, qui reprend le même argument d’une vedette du muet passant la barrière du parlant grâce à une doublure vocale.

À tort, car les deux films n’ont guère d’autre point commun et Édith Piaf n’est pas Gene Kelly. Elle ne danse pas, elle chante, plusieurs chansons (dont C’est merveilleux et Le chant du pirate) et joue fort bien la petite provinciale un peu gauche qui découvre le milieu du cinéma.

Entouré de la toujours chic et belle Mila Parély, de Marcel Herrand en pilotage automatique, du jeune Serge Reggiani et de Jules Berry dans son numéro habituel de canaille à la parole onctueuse, Piaf laisse parfois deviner des qualités d’actrice comique inattendues et l’on se prend à rêver de ce qu’elle aurait peut-être donné si elle s’était obstinée dans cette voie. Toujours fidèle à son rôle de Pygmalion, elle donne également sa chance à son compagnon d’alors, le très jeune et débutant Yves Montand, dont la maladresse prouve que son heure au cinéma n’était pas encore venue.

Piaf finit sa carrière cinématographique 12 ans plus tard avec un dernier film de Marcel Blistène, Les amants de demain, sorti en août 1959. Curieux film, étonnante tentative de ressusciter le réalisme poétique de l’avant-guerre avec 20 ans de retard, l’année où arrive la nouvelle vague… Ménagère mal mariée à un butor (Armand Mestral) et ayant sombré dans l’alcoolisme, Simone (Piaf) renaît à la vie et à l’amour avec l’arrivée du beau Michel Auclair, célèbre chef d’orchestre, en cavale après avoir tué sa maîtresse. Un tendre sentiment naît mais le destin tragique entraine les amants vers la prison où Simone aura finalement tout son temps pour continuer à chanter Les amants de demain, Tant qu’il y aura des jours et Les neiges de Finlande, belles chansons peu connues écrites spécialement pour le film.

En 22 ans, Piaf aura donc prouvé, comme Charles Trénet à la même époque, que son génie résidait dans la chanson et non dans un mince talent dramatique. Après sa mort en 1963, elle devait devenir elle-même un personnage de fiction, dans des films se voulant des biographies mais s’éloignant, au fil du temps, de plus en plus de la réalité.

Guy Casaril en 1974 avec Piaf (jouée par Brigitte Ariel), Claude Lelouch en 1983 avec Édith et Marcel (où Evelyne Bouix joue Piaf) et, bien sûr, Olivier Dahan en 2007 avec La Môme, qui valut l’Oscar à Marion Cotillard, ont tenté de cerner le mythe, sans parvenir à restituer l’intelligence et la somme de travail qui permirent à une jeune chanteuse des rues de devenir une interprète mondialement connue.

  • Où et quand ?

Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand
Piaf, l’exposition
à ne pas rater jusqu’au 23 août

Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand
Piaf et les chanteuses réalistes : disques et films sur les écrans audiovisuels du Haut-de-jardin

Entrée gratuite le jour de la visite de l’exposition
Entrée gratuite dès 17h et le week-end jusqu’au dimanche 16 août

Bibliothèque nationale de France, département des Arts et spectacles, site Richelieu
Fonds Édith Piaf

  • Pour en savoir plus

Les autres actualités des collections audiovisuelles de la BnF.
Toutes les [Actualités audiovisuelles] du Blog Lecteurs.

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Lionel Michaux (BnF)

Source de l’image : Édith Piaf © Georges Dudognon / AdocPhotos

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Commentaires (1)

  1. Édith Piaf représente pour moi le Paris de nos ainées - j’ai moins de 30 ans -, le Paris dont tous les vieux - les personnes âgées pardon - sont nostalgiques. Bien que n’étant pas de cette génération, j’écoute toujours avec autant d’émotions les chansons de Mme Piaf. Autant je ne suis pas pour les films et adaptations en tout genre sur la vie de nos plus grands artistes, autant je me laisserai bien tenter par une petite exposition. C’est plus intimiste et puis on se fait soi-même une idée de l’artiste. Merci en tout cas pour l’information.

 

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