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L’open access : une stratégie de communication scientifique payante

11 octobre 2015

The history manifesto

The history manifesto

Un récent numéro de la revue des Annales (70e année - no 2 - avril-juin 2015) fait le point en France sur une controverse scientifique portant sur la notion de “longue durée”. Venue de deux historiens américains, Jo Guldi et David Armitage, cette notion est renouvelée et bénéficie d’une surface médiatique considérable, portée par l’open access.

  • Pertinence de la longue durée pour le politique

Les historiens Jo Guldi et David Armitage font revenir la notion de la “longue durée” dans les débats. Selon eux, deux éléments permettent de remettre en selle cette notion que Braudel avait évoquée pour la première fois dans un article polémique des Annales - déjà - en 1958.

Cet article (…) n’a pas été par hasard placé sous la rubrique Débats et combats. Il prétend poser, non résoudre  des problèmes où malheureusement chacun de nous, pour ce qui ne concerne pas sa spécialité, s’expose à des risques évidents. Ces pages sont un appel à la discussion, concluait Fernand Braudel en forme d’ouverture.

De nouveaux outils d’investigation de la longue durée sont désormais disponibles comme la lexicométrie et les big data. A ce propos, la visualisation des données dans Ngram Viewer montre que depuis 1980, le court termisme l’emporte de loin sur la longue durée. Par la longue durée, les historiens bénéficieraient surtout d’une expertise plus légitime auprès de la société civile représentée par les ONG ou du politique, que par celle de la micro histoire, réduite à la sphère locale, ou de l’histoire événementielle. De nouveaux Michelet ou Fustel de Coulanges pourraient émerger. En réinvestissant la longue durée, les historiens reviendraient sur le devant de la scène médiatique, dont ils ont été évincés par les économistes, à l’en croire le nombre de citations respectives dans le New York Times des spécialistes de ces deux disciplines. Ils seraient élevés au rang de “conseiller du prince”.

  • L’open access au service d’une communication scientifique maîtrisée

La nouvauté est pourtant ailleurs. Elle réside dans la forme même de communication que Jo Guldi et David Armitage ont mis en oeuvre avec un grande adresse : l’open access. Leur texte, The history manifesto, a été publié en ligne libre de droit mais sous licence creative commons, via un un site web dédié et enrichi d’un blog et d’un forum. Des fils RSS y sont associés, renvoyant à l’actualité de la publication, et un hashtag #historymanifesto, permettant d’éparpiller le débat à souhait. La discipline est pour le moins réputée peu encline à publier ses travaux sous cette forme, en témoigne l’hostilité à l’open access qui s’était manifestée au congrès de l’American Historical Association en 2014 au cours d’une session intitulée “Open Access and Publishing in History and the Social Sciences: Opportunities and Challenges”. On comprend mieux dès lors que le texte de Jo Guldi et David Armitage ait rapidement fait l’objet d’une appropriation par tous les acteurs de la discipline et a pu bénéficier d’une diffusion exceptionnelle. Ce n’est plus la notion de longue durée, sans doute une des rares notions propres à l’historien, qui fait débat, mais les nouvelles formes de la communication scientifique.

Une démonstration en acte d’un débat que le consortium couperin, une association de bibliothèques pour l’achat de documentation électronique, anime en France à travers des journées d’études ces 12, 13 et 14 octobre, à Paris. Une manière aussi de dire que la longue durée est une préoccupation pour les conservateurs et les institutions patrimoniales.

Que Jo Guldi et David Armitage aient soumis un article à la revue des Annales relance leur controverse en Europe. Un vif débat a d’ailleurs partagé le comité éditorial de la revue. C’est la raison pour laquelle le texte des auteurs est publié accompagné de plusieurs autres articles qui lui répondent : quelle est la représentativité des données issues des big data se demande Paola Tubaro ; quelle articulation de la longue durée avec le temps court des événements ou les temporalités moyennes des conjonctures s’interroge Claudia Moatti ? Une revue scientifique n’a pas pour seule fonction de faire du contrôle qualité ; elle se doit aussi d’animer des débats disciplinaires contradictoires. Et les Annales de jouer éminemment ce rôle.

  • Bibliothèque de liens

Braudel Fernand. Histoire et Sciences sociales : La longue durée. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 13ᵉ année, N. 4, 1958. pp. 725-753.
Site web de “The history manifesto”
Texte de The history manifesto
6èmes Journées d’étude du libre accès de Couperin
La revue des Annales

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