BnF

L’intrigante présence des objets en bibliothèque

25 décembre 2015

La BnF organise régulièrement des demi-journées de réflexions sur les pratiques à l’oeuvre en bibliothèques, intitulées “Ateliers du livre”. Le plus récent de ces ateliers qui s’est tenu jeudi 17 décembre invitait ses participants à réfléchir à la situation suivante : “Quand la bibliothèque devient musée : les objets en bibliothèque”, une situation qui perturbe autant les bibliothécaires que les lecteurs.

Christine Bénévent, récemment nommée professeur à l’Ecole nationale des Chartes, a proposé une conférence inaugurale sur le thème débattu, et dont une citation d’Alberto Manguel lui servait de prétexte.

Une bibliothèque n’est pas seulement un endroit où règnent l’ordre et le chaos; c’est aussi le royaume du hasard

C’est là l’évocation de ce qu’a longtemps été une bibliothèque : une collection de livres et d’objets. Le savoir avait justement pour rôle de faire le lien entre l’objet et le livre. C’est ce qu’incarnent les chambres des merveilles. Une tradition que fait revivre à la Bibliothèque nationale centrale de Rome, l’espace Spazi900. L’espace expose par exemple des studios de travail d’artistes, tels ceux d’Elsa Morante ou plus récemment celui de Pier Paolo Pasolini.

Gabriel Naudé laisse l’objet de côté dans la bibliothèque de l’honnête homme. Dans son Advis pour dresser une bibliothèque de 1627, il ne préconise l’installation de curiosités dans les bibliothèques que comme ornement. La Révolution française rationalise encore plus les collections au travers d’une répartition par support entre institutions, selon un nouveau paradigme de classement des savoirs. En bonne logique le livre rejoint la bibliothèque et l’oeuvre d’art le musée. Cette logique rompt avec le musée - temple des muses au sens étymologique - construit sur le modèle encyclopédique  du British Museum dont Kristian Jensen a rappellé que son directeur, jusqu’en 1963, portait le titre de librarian. Le musée du Louvre de Vivant Denon tourne le dos à une vocation pédagogique pour s’instituer en musée des beaux-arts. Mais des entorses à cette répartition apparaissent dès le début avec l’objet qui, inclassable, apparaît comme source de désordre. Felicity Bodenstein, auteur d’une thèse sous la direction du Pr. Barthélémy Jobert, l’a bien montré autour de l’exemple de la constitution du Cabinet des médailles à la Bibliothèque, qui ne s’installe dans les salles donnant sur la rue Vivienne qu’en 1917, après une errance entre l’Hôtel de Nevers et l’arcade Colbert du Quadrilatère Richelieu.

Parmi les premiers objets présents en bibliothèques, il y a pourtant le livre. La bibliothèque n’est peut-être pas autre chose qu’un musée du livre. Les livres deviennent objets de collection au fur et à mesure qu’ils ne participent plus au travaux du savoirs. Ils deviennent des trésors, d’où le développement des départements de réserves de livres rares en bibliothèques, comme celle que développe Joseph Van Praet (1754-1837) à la Bibliothèque nationale. D’une certaine manière, un phénomène semblable se développe aujourd’hui avec les artothèques. Le livre fait l’objet d’une patrimonialisation croissante.

Les grandes salles de lectures des bibliothèques, construites depuis le 19e siècle sur le modèle de la salle Labrouste du site Richelieu de la BnF, et rendues à une forme d’obsolescence par une généralisation de la numérisation des contenus, pourraient à l’avenir devenir des musées du livre, a suggéré Jean-Michel Leniaud, directeur de l’Ecole nationale des Chartes.

  • En savoir plus

Programme de l’atelier du livre du 17 décembre 2015
Espace Spazi900 à Rome

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