Hommage

Hommage à Umberto Eco

2 mars 2016

À la fois érudit et personnage médiatique, Umberto Eco est l’un des rares écrivains à avoir été très connu du grand public pour ses romans et reconnu de ses pairs pour ses essais sur des sujets très variés.

Né le 5 janvier 1932 à Alessandria, une petite ville du Piémont, au Nord de l’Italie, Umberto Eco étudie la philosophie à l’Université de Turin. Titulaire en 1954 d’une thèse intitulée Le problème esthétique chez Saint-Thomas d’Aquin, il débute sa carrière universitaire en enseignant l’esthétique à l’Université de Turin, puis la communication visuelle à la faculté d’architecture de Florence, et enfin la sémiotique à celle de Milan et dans diverses universités américaines. En 1975, il obtient la chaire de sémiologie à l’Université de Bologne. Docteur honoris causa de plus de 40 universités dans le monde, il reçoit de nombreux prix et décorations, dont, en France, l’ordre de Commandeur de la Légion d’Honneur.
Simultanément, il devient assistant pour des émissions de télévision culturelle à la RAI et conseiller éditorial aux Éditions Bompiani (de 1959 à 1975).

Essayiste, traducteur, collaborateur de journaux, fondateur de revues, il construit une œuvre dont l’érudition n’est pas dénuée d’humour, dans des genres et pour des lecteurs divers. Ses ouvrages de sémiotique sur la narration et la réception littéraires (Lector in Fabula en 1959, L’Œuvre ouverte en 1962, La Structure absente en 1968) font date. Ses essais et articles sont le reflet de son savoir immense et éclectique : il est l’un des premiers théoriciens des médias, de la circulation de l’écrit, par le biais des livres ou d’internet, propose des manuels de didactique pour la rédaction de mémoires universitaires et écrit aussi bien sur les manuscrits médiévaux que sur les bandes-dessinées, ou sur le populaire présentateur de télévision Mike Bongiorno.

Son activité de romancier lui fait rencontrer un plus large public encore, grâce notamment en 1980 au succès international de son roman Le Nom de la rose, pour lequel il reçoit le fameux prix Strega et qui sera adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud. Son succès ne se dément pas avec Le Pendule de Foucault (1988) et ses romans suivants, jusqu’au dernier, Numéro zéro, publié en 2015.

Chantre des bibliothèques

Infatigable amoureux des livres, de la conservation et de la diffusion du savoir, il possédait une bibliothèque de plus de 30000 ouvrages, conservés en partie dans son appartement milanais, où il avait son bureau. Une vidéo permet de le voir circuler dans ce véritable labyrinthe digne de Jorge Luis Borges, auteur de La Bibliothèque de Babel, à qui il rend hommage.

De bibliotheca est le texte, demeuré célèbre, d’une de ses nombreuses conférences, prononcée en 1981 à Milan. Umberto Eco y présente malicieusement, grâce à des contre-exemples, sa réflexion sur ce que devraient être les bibliothèques du futur, notamment sur le libre-accès qui permet la découverte et l’enrichissement par le hasard :

La notion de la bibliothèque est fondée sur un malentendu, à savoir qu’on irait à la bibliothèque pour chercher un livre dont on connaît le titre. C’est vrai que cela arrive souvent mais la fonction essentielle de la bibliothèque, de la mienne et de celle des amis à qui je rends visite, c’est de découvrir des livres dont on ne soupçonnait pas l’existence et dont on découvre qu’ils sont pour nous de la plus grande importance.

Umberto Eco s’exprima également ces dernières années sur l’avenir du livre papier à l’époque du numérique, dans des entretiens publiés dans la presse ou des livres comme N’espérez pas vous débarrasser des livres, recueil d’entretiens avec Jean-Claude Carrière publié chez Grasset en 2009.

Peu de temps avant sa mort, survenue à Milan le 19 février 2016, il fondait avec un groupe de romanciers et d’intellectuels une nouvelle maison d’édition, La nave di Teseo, pour protester contre la fusion récente des éditeurs Mondadori et Rizzoli.

De nombreux livres d’Umberto Eco sont disponibles en libre-accès, en version originale et traduits en français, dans les salles E, F, G et H de la Bibliothèque du Haut-de-jardin.

Pour en savoir plus :

- Philippe-Jean Catinchi, « Umberto Eco, auteur du Nom de la rose : mort du plus lettré des rêveurs », Le Monde, 22 février 2016

- le dossier de La Repubblica (en italien)

- le site personnel d’Umberto Eco, qui comporte une bibliographie ainsi que des articles librement téléchargeables.

- Pour une bibliographie complète de ses œuvres disponibles à la BnF, vous pouvez vous référer à la page dédiée sur data.bnf.fr

- enfin le Bulletin des bibliothèques de France propose un compte-rendu de De Bibliotheca par Martine Darrobers.

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