Hommage, Valorisation

Centenaire de Xuân Diêu (1916-1985)

9 mai 2016
Xuân Diệu

Xuân Diệu

Poète doté d’une grande sensibilité, illustre défenseur de la modernisation de la langue vietnamienne, Xuân Diệu est l’une des figures les plus représentatives de la littérature vietnamienne du XXe siècle.

Né le 2 février 1916 à Bình Định dans une famille de lettrés, Ngô Xuân Diệu, connu sous son nom de plume de Xuân Diệu, maîtrise à la fois les caractères chinois par son père, l’écriture vietnamienne romanisée (appelée le quốc ngữ) et le français par son parcours scolaire dans les écoles franco-indigènes. Après son baccalauréat, il devient fonctionnaire du gouvernement colonial, au Bureau de Commerce à Mỹ Tho. Il démissionne en 1943 pour rejoindre son ami intime Huy Cận à Hà Nội, avec qui il se rallie au Viêt Minh et fait partie des partisans de Hồ Chí Minh. En 1983, il est élu membre honoraire à l’Académie des Arts de Berlin. Xuân Diệu meurt le 18 décembre 1985 d’une crise cardiaque.

Son premier recueil Thơ thơ paru en 1938 trouve un écho retentissant dans le public des jeunes citadins par son ardeur de vivre et d’aimer, par son extrême sensibilité à toute beauté de la nature et de la langue poétique. Sa poésie est fortement influencée par des écrivains français tels que Musset, Hugo, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé. En témoignent ces strophes du poème Huyền diệu [Charme mystérieux] dans lesquelles l’inspiration des Correspondances de Baudelaire est visible :

Này lắng nghe em khúc nhạc thơm
Say người như rượu tối tân hôn;
Như hương thấm tận qua xương tủy,
Âm điệu, thần tiên, thấm tận hồn.

Ecoute, bien-aimée, cette musique parfumée
Comme le vin, elle nous enivre le soir de noces ;
Pareille au parfum pénétrant jusqu’à la moëlle,
La divine mélodie imprègne notre âme.
(Traduction de Pham Dan Binh)

Xuân Diệu est un des poètes les plus représentatifs du mouvement de Thơ mới [Poésie nouvelle]. C’est une école poétique (1932-1939) qui rejette les normes et les règles rigoureuses de la prosodie Tang pour créer une nouvelle poétique sur le modèle du romantisme français. Le Thơ Mới deviendra un tournant de la littérature vietnamienne parce qu’il marque la fin de la poésie classique en caractères chinois pour passer à une nouvelle poésie en quốc ngữ.

À compter du moment où Xuân Diệu s’engage politiquement pour le Viêt Minh, sa ferveur pour la vie et pour la beauté de la nature se transforme en amour pour son peuple, en souci pour le bonheur des masses prolétariennes, ainsi qu’on le voit dans Ngọn quốc kỳ [Le Drapeau national] paru en 1945 ; Dưới sao vàng [Sous l’étoile jaune] en 1949 ; Riêng chung [Le Privé et le commun] en 1960. Sa poésie fait montre d’un vocabulaire plus recherché, une maturité dans les émotions exprimées.

Xuân Diệu élabore de nombreuses biographies sur des auteurs classiques comme Hồ Xuân Hương, Nguyễn Du, Trần Tế Xương, Nguyễn Khuyến. Il écrit divers articles et ouvrages de critiques sur ses homologues, notamment sur Huy Cận et Tản Đà. Ses essais et ses mémoires autobiographiques exposent ses idées sur la création littéraire et sur le travail du poète, sur la langue vietnamienne et son usage stylistique.

L’œuvre de Xuân Diệu, notamment la partie contemporaine de Thơ mới, contribue à l’avènement d’une littérature vietnamienne, au renouvellement et à l’enrichissement de la langue vietnamienne.

À l’occasion du 100e anniversaire de sa naissance, la Bibliothèque nationale de France lui rend hommage par une présentation des livres de Xuân Diệu dans la salle G de la bibliothèque de Haut-de-Jardin du 10 mai au 3 juillet 2016.

- Pour une bibliographie complète de ses œuvres disponibles à la BnF

- Pour en savoir plus et lire quelques poèmes (en vietnamien)

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Commentaires (5)

  1. Merci pour un très bon article. Xuan Dieu fait partie de mes poètes préférés.

  2. Du respect pour un si grand poète.

  3. Bonjour,

    Merci pour votre billet, je ne savais pas que la section vietnamienne existe. Est-ce les oeurves poétiques comme ceux de Xuan Dieu sont la plupart traduits en français ? Car malgré mon origine, pour moi la version française rend le texte plus compréhensif que la version vietnamienne.

  4. Bonjour,
    Merci pour votre intérêt à l’article.
    Les poèmes de Xuân Diêu ne sont pas beaucoup traduits en français. Vous trouverez quelques poèmes traduits dans “Anthologie de la littérature vietnamienne” de Nguyen Khac Vien et Huu Ngoc; ou dans un autre ouvrage collectif : “Vietnam,le destin du lotus” d’Alain Guillemin (dir.).

  5. Bonjour,
    Bravo pour l’initiative et l’effort de toute l’équipe de la section vietnamienne et de la BNF de rendre hommage à un GRAND nom de la poésie vietnamienne. ça me touche vraiment au fond du cœur de prendre connaissance de l’existence de votre section et de vos évènements culturels. Continuez svp! Vous êtes une source importante non seulement pour les chercheurs, pour les passionnés mais aussi pour nous, les parents qui essaient de transmettre notre culture d’origine à nos enfants nés ici!

 

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