Choix du bibliothécaire, Expositions

Gus Van Sant, icônes littéraires

19 mai 2016

Affiche de l'exposition

« Héritier moderne de la Beat Generation, dont il revendique les valeurs politique et provocatrice (au point d’imaginer plusieurs projets underground avec l’écrivain William Burroughs), Van Sant est par essence le cinéaste d’une jeunesse saisie dans sa fureur de vivre » écrit Matthieu Orléan, commissaire d’exposition à la Cinémathèque, à l’occasion de l’exposition Gus Van Sant / Icônes.

Né à Louisville dans le Kentucky le 24 juillet 1952, Gus Van Sant est photographe, cinéaste, plasticien, musicien, producteur, scénariste. « Esthète radical » et « héritier d’un pan fondamental de la contre-culture américaine, de Burroughs à la Factory » (Cahiers du cinéma, mai 2003), il s’illustre dans des œuvres originales, du cinéma indépendant aux films portés par Hollywood, tout en assumant une liberté de style et de sujets.

Diplômé de la Rhode Island School of Design en 1970, il vit à Los Angeles et New-York. En 1977, il arrive à Portland (Oregon), engagé comme ingénieur du son sur le tournage de Property du réalisateur Penny Allen. Il lui fait lire le récit autobiographique de Walt Curtis que Gus Van Sant adaptera pour son premier long métrage Mala noche en 1985, lorsqu’il reviendra à Portland pour s’y installer, faisant de la ville un de ses lieux de création favori. Le tournage de Property à Portland est aussi une façon de retrouver quelques-uns de ses auteurs fétiches, puisque le film met en scène des artistes de la Beat generation, mouvement littéraire et artistique, baptisé ainsi par Jack Kerouac en 1948.

La Beat generation, une filiation artistique

Gus Van Sant avait découvert durant ses années de lycée la Beat generation, mais c’est à 33 ans à New-York qu’il rencontre enfin un de ses plus anciens représentants, William S. Burroughs. Il lui propose de participer en 1982 à son court-métrage The discipline of DE, une adaptation de 9 minutes d’un texte de William S. Burroughs, que l’on entend en voix off.

Sa filiation avec la contre-culture est apparente dans les thématiques qu’il filme : l’errance et la route comme recherche de soi dans les grands espaces américains (d’où ses road-movies autour de la question des origines), la liberté versus l’enfermement normatif dans la société américaine, l’importance de l’expression artistique, la liberté de genre sexuel.

Ses films sont aussi politiques et remettent en question l’idée de toute-puissance américaine : Thanksgiving prayer est un montage d’archives sur l’histoire des États-Unis, réalisé en 1991 sur un scenario de Gus Van Sant d’après William Burroughs. Autre grande figure de la Beat generation, Allen Ginsberg participe au montage d’archives montré dans Ballad of the skeletons (1996).

Son rapport étroit à la création littéraire l’amène aussi à adapter des romans (pour la comédie sarcastique Prête à tout par exemple) ou à mettre en scène l’écriture et la lecture comme formes de rédemption (le jeune skater dans Paranoid park) ou d’ascension sociale : dans le film À la recherche de Forrester, le personnage principal est un écrivain ermite qui vit dans le Bronx à New-York. Auteur d’un seul et unique succès, il prend en charge Jamal, un adolescent noir passionné de basket-ball, et doté d’un QI hors du commun.

Auteur du roman Pink, publié en 1993 après le décès brutal d’un de ses acteurs River Phoenix, Gus Van Sant a également écrit nombre de ses scénarios, seul ou en laissant libre cours à ses acteurs (comme pour Will Hunting, sur un scénario de Matt Damon et Ben Affleck). Après Orson Welles tournant Falstaff en 1966, Gus Van Sant s’inspire lui aussi du personnage de Shakespeare Sir John Falstaff, en l’enracinant dans un univers contemporain et à la marge pour son film My own private Idaho (1991).

Informations pratiques

Artiste protéiforme, Gus Van Sant voit ses œuvres pour la 1ère fois exposées en France, à la Cinémathèque française, du 13 avril au 31 juillet 2016.

La Beat generation quant à elle fera l’objet d’une exposition rétrospective au Centre Pompidou du 22 juin au 3 octobre 2016.

Les livres et revues sur Gus Van Sant sont disponibles dans les salles A et P (Audiovisuel) de la Bibliothèque nationale de France. Les écrans audiovisuels de la salle A proposent également, du 31 mai au 28 août, un parcours dans son cinéma.

De nombreux ouvrages sur la Beat generation, en français et en langue originale, sont aussi à votre disposition en libre-accès dans la salle G (Littératures du monde) de la Bibliothèque du Haut-de-jardin, où ils font l’objet d’une présentation jusqu’au 3 juillet.

Pour une bibliographie complète de ses créations disponibles à la BnF, vous pouvez vous référer à la page dédiée sur data.bnf.fr.

Pour aller plus loin

- La constellation Gus Van Sant (Exposition virtuelle de la Cinémathèque)

- Le Mini-site Gus Van Sant par Alexandre Tylski, riche de nombreuses références d’articles jusqu’en 2005.

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