Hommage

Hommage à Maurice Pons (1927-2016)

12 juin 2016
Mairice Pons

Maurice Pons

Maurice Pons est mort le 8 juin, à l’âge de 88 ans. Cet écrivain très discret a pourtant marqué la littérature du siècle dernier, à travers une douzaine d’ouvrages. Le plus célèbre est son chef-d’œuvre, Les Saisons (1965), un texte glaçant relatant un voyage en enfer qui est devenu un roman culte.

Maurice Pons est né le 14 septembre 1927, à Strasbourg. Son père, Émile, est un spécialiste de Jonathan Swift. L’œuvre de l’auteur des Voyages de Gulliver va marquer sa jeunesse : « Mes jeux d’enfant reflétaient les thèmes des voyages gullivériens. (…) Avec mes sœurs et mon frère nous jouions aux Houyhnhnms et aux Yahoos. », confie-t-il dans ses Souvenirs littéraires (1993). À l’âge de sept ou huit ans, il fait la rencontre d’un ami de son père qui l’impressionne, Jules Romains, l’auteur des Hommes de bonne volonté.
Celui qui affirma « J’ai toujours voulu être un écrivain, et rien d’autre qu’un écrivain », se lance dans la littérature par un récit publié par Julliard en 1951, Le Métrobate, puis par un recueil de nouvelles, Virginales, qui reçoit en 1955 le Grand Prix de la nouvelle.

C’est à la fin des années cinquante que Maurice Pons délaisse la vie parisienne pour s’installer dans l’Eure, dans une bâtisse du XIIème siècle, le Moulin d’Andé. Il y écrira tous ses autres livres et y restera jusqu’à la fin de sa vie. Ce lieu, où il accueille dans un paysage idyllique ses amis, des écrivains comme Georges Perec et Jacques Roubaud, des dramaturges comme Samuel Beckett et Eugène Ionesco, des cinéastes comme François Truffaut ou Alain Cavalier, va devenir mythique. Perec y reste près de quatre ans et écrit La disparition, selon la légende dans la chambre de Jeanne d’Arc, qui y serait passée sur le chemin de Rouen. C’est aussi dans cet endroit « discret et fameux » que François Truffaut, qui avait tiré en 1958 son premier court métrage Les mistons d’une nouvelle des Virginales, tourna une partie des 400 coups (1959) et les dernières scènes de Jules et Jim (1962).

Les années soixante marquent un tournant pour Maurice Pons. Sensible aux « événements d’Algérie », il s’engage et signe le 6 septembre 1960 le Manifeste des 121. Il publie cette même année, à leur sujet, Le Passager de la nuit : « Je me réjouissais de savoir que mon Passager de la nuit circulait jour et nuit, de cellule en cellule, à Fresnes, à la Santé, à la Roquette, à Fleury-Mérogis, où étaient incarcérés mes amis français et algériens ».

Il faut attendre 1965 pour que paraisse son chef d’œuvre, Les Saisons. Le héros, Siméon, est un idéaliste qui veut devenir écrivain. Le paysage froid d’une vallée battue par les vents et le givre, les personnages terrifiants, le style chirurgical de ce texte en font un livre culte : « Ce sont des horreurs que je dois décrire, des horreurs et des souffrances surhumaines et c’est à travers cette horreur, que je dois atteindre la beauté, une beauté qui purifiera le monde, qui en fera sortir tout le pus, mot à mot, goutte à goutte, comme une burette à huile. » Ce livre, tiré de sa nouvelle La Vallée, est celui qu’il préférera. Dans ses Souvenirs, il note que « Depuis plus d’une trentaine d’années, les lecteurs des Saisons forment avec quelques libraires une sorte de confrérie d’initiés. » Peut-être parce que le vrai sujet de ce roman est l’écrivain, handicapé, en marge, inadapté à la société et son combat vain pour appartenir au monde des vivants.

La carrière littéraire de Maurice Pons se poursuit avec la traduction d’écrivains comme Norman Mailer ou Tennessee Williams et l’écriture d’autres grands textes, comme Rosa (1967), la pièce de théâtre Chto ! (1970), le roman La Maison des brasseurs (1978) ou le recueil de nouvelles Douce-amère (1985). Après avoir publié ses Souvenirs littéraires et quelques autres en 1993, il avait reçu le Prix Henri de Régnier de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre de 1999.

Celui pour qui écrire était à la fois « se dénuder devant les gens » et « aligner les voyelles et les consonnes dans un certain ordre pour en faire des corbeilles de beauté », laisse une des œuvres littéraires les plus marquantes du XXe siècle.

Pour lui rendre hommage, une sélection de ses œuvres est proposée dans la salle H de la bibliothèque du Haut-de-jardin.

En savoir plus

- Maurice Pons à la BnF

- un entretien avec Philippe Savary pour Le Matricule des anges

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