Choix du bibliothécaire, Hommage

Les 500 ans du Roland furieux

10 août 2016

Cette année 2016, le monde culturel fête les 500 ans de la première parution du poème épique Orlando furioso (Roland furieux), chef-d’œuvre de la Renaissance italienne composé par Ludovico Ariosto, dit L’Arioste.

Né le 8 septembre 1474, dans une famille noble de Reggio d’Emilie, aîné de 10 enfants, L’Arioste entreprend des études de droit puis de lettres, marquées par l’humanisme de la Renaissance. À 19 ans il écrit une tragédie puis des poèmes, mais la mort brutale de son père en 1500 le contraint à soutenir sa famille. Il devient capitaine de la forteresse de Canossa et entre au service du cardinal Hippolyte d’Este, et par la suite de son frère, Alphonse d’Este, duc de Ferrare. Il conduit des missions diplomatiques à Mantoue, Milan et Rome avant de devenir commissaire ducal dans la province de la Garfagnana, alors infestée de brigands. Durant les dernières années de sa vie, il peut enfin se consacrer à la représentation de ses comédies et aux différentes versions de son chef d’œuvre.

Car entre-temps, malgré ses activités pour la cour de Ferrare, il reprend vers 1508 l’écriture, composant des comédies en prose, des Rimes, des Satires, et enfin le Roland furieux, mimant un genre alors répandu à Ferrare, celui du poème chevaleresque. Le 22 avril 1516, dans une imprimerie de Ferrare, sort des presses la première édition du Roland furieux. Entre 1516 et 1532, un an avant sa mort à Ferrare le 6 juillet 1533, L’Arioste n’a de cesse de le réécrire et d’en demander la réimpression, offrant trois versions différentes. Le poème est composé en 46 chants (la première version en comptait 40), en octave italienne, dite stance (du terme stanza, pièce, chambre en italien).

Roland furieux, un « poème du mouvement »

Roland furieux est la suite du poème inachevé Roland amoureux de Matteo Maria Boiardo, une suite qui peut cependant se lire tout-à-fait indépendamment : Italo Calvino, auteur d’un commentaire du Roland furieux tout à la fois savant, savoureux et drôle, écrit dans sa préface que ce « poème du mouvement »

est une œuvre unique dans son genre et peut être lu – je devrais dire : doit être lu – sans aucune référence à des livres précédents, ou postérieurs ; c’est un univers en soi, où l’on peut voyager de long en large, entrer, sortir et se perdre.

L’Arioste met en scène, dans une trame complexe et joyeusement foisonnante, comptant des centaines de personnages et des milliers d’incidents, un entrelacement de trois registres différents, le chevaleresque, le sentimental et la poésie dithyrambique. L’invasion de la France par le roi sarrasin Agramante provoque une guerre entre chrétiens et païens à laquelle participe le paladin Roland ; il devient amoureux d’Angélique, une princesse d’Orient, mais celle-ci s’enfuit avec un jeune soldat sarrasin. Fou de jalousie, Roland parcourt l’Europe et l’Afrique à sa recherche ; le duc Astolphe l’aide à retrouver la raison grâce au contenu d’une ampoule qu’il est allé prendre sur la lune, juché sur un hippogriffe. Bradamante et Roger, deux des nombreux personnages, créés entre réel et imaginaire, représentent les figures de la dynastie d’Este.

Le poème connaît un succès rapide dans les cours d’Europe et influence la littérature comme les rites et les fêtes. Galilée écrivait vers 1589 à propos de Roland furieux :

Quand j’entre dans le Furieux, je vois s’ouvrir une garde-robe, une tribune, une galerie royale, ornée de centaines de statues antiques des plus célèbres sculpteurs, avec une infinité d’histoires entières, et des meilleures, des peintres illustres, avec un grand nombre de vases, de cristaux, d’agate, de lapis-lazuli et d’autres joyaux, et finalement remplie de choses rares, précieuses, merveilleuses, et toutes de premier choix.

Les multiples aventures imaginaires de Roland furieux inspirent les illustrateurs, graveurs et artistes : aux XVIe et XIXe siècles notamment paraitront des ouvrages richement illustrés. Le poème devient aussi spectacle. On peut citer par exemple le drame en trois actes mis en musique par Antonio Vivaldi, sur un livret adapté de Grazio Braccioli. L’une des dernières représentations fut au Théâtre des Champs-Elysées en 2011.

Pour célébrer ce grand poème et son auteur, la ville de Ferrare consacre à l’imaginaire d’Arioste une exposition, Orlando furioso 500 anni, du 24 septembre 2016 au 8 janvier 2017. La bibliothèque Ariostea de Ferrare recense, sur le site internet Furioso da cinque secoli, les rencontres prévues dans la région ferraraise autour de l’œuvre.

Des événements ont également eu lieu en France : le musée Paul-Dupuy à Toulouse a consacré une exposition dossier L’amour furieux, et l’Université de Toulouse organisé un colloque intitulé « L’édition princeps du Roland furieux entre rupture et continuité ».

La BnF participe également à ces célébrations en vous proposant en mezzanine de la salle G (Haut-de-jardin) une présentation du Roland furieux, en français et en italien, et des critiques du poème, ainsi que des ouvrages sur la littérature de la Renaissance italienne.

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