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Michel Houellebecq. Rester vivant

7 août 2016
Catalogue de l'exposition

Palais #23 : Catalogue de l'exposition

Avec Rester vivant, Michel Houellebecq, Prix de la BnF en 2015, s’expose actuellement au Palais de Tokyo.

« Non pas une exposition sur Michel Houellebecq, mais une exposition de Michel Houellebecq », qui montre « comment l’écrivain produit une forme qui participe à la réinvention de l’exposition en brouillant les cartes entre littérature et photographie, réel et fiction », déclare son commissaire Jean de Loisy.

Parcourir des obsessions

Michel Houellebecq est le rédacteur en chef du numéro exceptionnel du magazine PALAIS #23 consacré à cette exposition. Son sommaire suit le découpage de l’exposition en chapitres, à travers des photographies, des portfolios, une sélection de textes ainsi qu’une série d’entretiens avec Jean de Loisy, Yan Céh, Robert Combas, Benoît Delépine et Nelly Kaprièlian, dans lesquels l’écrivain trace les contours de son projet.

Le romancier est aussi poète, essayiste, réalisateur et parolier, voire acteur ou chanteur à l’occasion, mais ici surtout photographe. Ses photographies avaient d’ailleurs déjà été exposées au Carré de Baudoin, sous le titre Michel Houellebecq. Before landing, du 12 novembre 2014 au 31 janvier 2015. La photographie, en effet, accompagne et prolonge sa réflexion depuis le début de sa carrière :

Je me considère plutôt comme un producteur d’images que comme un photographe. Un photographe tente de capturer le réel, alors que moi, j’y recherche mes obsessions ou mes rêveries. Le moyen peut être la photo seule, ou la photo hybridée à un texte, ou la juxtaposition de plusieurs photos. (p. 166)

Avec la scénographe Laurence Fontaine, l’écrivain a également apporté beaucoup de soin à la construction de l’exposition : « c’est excitant de mettre les choses dans un certain ordre, de faire des chapitres » (p. 12). L’exposition est un scénario qui conduit le visiteur au travers des obsessions de l’écrivain : « On peut le dire comme ça : une salle par obsession. » (p. 60)

Composée de sons, de photographies, d’installations et de films conçus par lui et par des artistes invités (Robert Combas et Renaud Marchand notamment), elle offre une plongée dans le cerveau et le monde de Houellebecq. Comme dans ses romans on y passe sans transition du trivial au métaphysique, du glauque au sentimental, du désespoir le plus noir à une gaité colorée surjouée : « Je ne souhaite pas épargner les nerfs des spectateurs » (p. 22).

Dépasser les polémiques

Michel Houellebecq est depuis la fin des années 1990 l’un des auteurs français contemporains les plus connus et traduits dans le monde, tout en faisant l’objet en France de critiques virulentes.

Né le 26 février 1956 à La Réunion, délaissé par ses parents, il grandit à Meaux auprès de sa grand-mère paternelle, Henriette (dont il a repris le nom), fait des études d’Agronomie et de Cinéma, puis entame une carrière d’informaticien. Ses premiers livres publiés, en 1991, sont des recueils de poèmes en prose, La Poursuite du bonheur et Rester vivant, ainsi qu’un essai sur l’écrivain américain Howard P. Lovecraft, qui, découvert à 16 ans, aura une influence déterminante sur sa conception de la littérature.

Révélé par son premier roman Extension du domaine de la lutte, qui, publié par Maurice Nadeau en 1994, rencontre un succès d’estime dans les milieux intellectuels, il accède à un plus large public grâce aux polémiques que soulèvent ses deux romans suivants, publiés chez Flammarion, Les Particules élémentaires en 1998 et Plateforme en 2001. En 2010, il reçoit le prix Goncourt pour un roman un peu plus consensuel consacré au monde de l’art, La Carte et le territoire.

En 2015, Michel Houellebecq a reçu le septième Prix de la BnF pour l’ensemble de son œuvre.

Michel Houellebecq est un de ces rares écrivains qui ont su traiter les questions contemporaines avec courage et d’une manière qui interpelle le lecteur. La dérision qui habite ses romans reflète sa position d’observateur exilé et solitaire d’un monde revenu des idoles de la modernité.

écrit Bruno Racine, alors président de la BnF.

L’œuvre et le personnage de Houellebecq suscitent la controverse en raison de prises de positions idéologiques et de poses médiatiques volontiers provocatrices. Chacun de ses romans semble avoir contribué à lancer ou stimuler un débat de société : sexualité avec Les particules élémentaires, prostitution et économie libérale avec Plateforme, art contemporain avec La carte et le territoire, et dernièrement, islam avec Soumission.

Son écriture très particulière mérite toutefois l’intérêt par le regard ironique qu’elle porte sur notre époque, ses paradoxes et ses impasses. Elle dépeint de manière extrêmement pointue la solitude et la misère affective, sociale et sexuelle de l’homme occidental enfermé dans une société de consommation et de spectacle.

Une présentation d’ouvrages, accompagnée d’une bibliographie, est proposée dans la salle H (Littérature française) du Haut-de-jardin à l’occasion de cette exposition au Palais de Tokyo.

Pour en savoir plus

- le site de l’association des amis de Michel Houellebecq

- Houellebecq au milieu des gouffres humains, le blog d’Isabelle Dumas

- tous les documents de et sur Michel Houellebecq à la BnF dans data.bnf

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