Choix du bibliothécaire, Hommage

Hommage à André Ruellan, alias Kurt Steiner, auteur français de SF

25 novembre 2016

André Ruellan, qui vient de disparaître, s’inscrit dans la liste des grands auteurs français de science-fiction, même s’il a écrit dans d’autres domaines (roman policier, humour, poésie) ou a pratiqué d’autres activités (notamment à la télévision et au cinéma).

Né le 7 août 1922 à Courbevoie, et grand lecteur dans son enfance de romans fantastiques et d’aventures, André Ruellan commence après la guerre une carrière d’instituteur, qu’il interrompt vite pour se tourner vers des études de médecine. Il exercera ce métier jusqu’en 1970. Mais, saisi par le démon de l’écriture, il entre dans la collection populaire Angoisse des éditions Fleuves Noir, en utilisant un pseudonyme, Kurt Steiner :

Quand j’ai commencé à écrire au Fleuve Noir, beaucoup d’auteurs français utilisaient des noms anglo-saxons, pour me démarquer j’en ai pris un allemand. À l’époque la signature appartenait à la maison d’édition donc si je voulais écrire ailleurs, il m’en fallait d’autres. Et comme pour l’histoire de la parcelle d’âme que l’on vous prend en vous photographiant, j’ai préféré conserver mon nom et vendre un leurre.

Ses qualités d’écriture le font remarquer, et il devient un des piliers de cet éditeur avec des titres comme Le Bruit du silence (1955), Le Seuil du vide (1956), Fenêtres sur l’obscur (1956) ou Les Rivages de la nuit (1957). Puis, il passe dans la collection Anticipation, où il publie quelques textes parmi les meilleurs de ces années-là : Le 32 juillet (1959), la série d’Ortog (Aux armes d’Ortog, 1960, Ortog et les ténèbres, 1967), Les Océans du ciel (1967), Les Enfants de l’Histoire (1970) ou Le Disque rayé (1970). À travers ces ouvrages, il parcourt les grands thèmes de la science-fiction : space-opera, voyages dans le temps, dictatures, inquiétantes mutations, sociétés futures, jusqu’à puiser aux mythes fondateurs de notre culture (comme celui d’Orphée dans Ortog).

Par la suite, il publie encore quelques romans dans des collections plus prestigieuses, comme Tunnel (chez Ailleurs et demain, 1973) ou Mémo (Présence du Futur, Grand Prix de l’Imaginaire en 1984). Ils sont représentatifs de cette époque, mettant en scène des protagonistes en lutte contre une société aliénante. Il utilise des images fortes, comme le début de Tunnel, avec cette première phrase qui claque : « Le crucifié entrait en érection », et des centaines de croix bordant la rue de Rivoli sur des kilomètres. Il écrit également quelques thrillers (Les Chiens, adapté au cinéma). Dans les années 70, il dirige un temps, encore aux éditions Fleuve Noir, la fameuse collection Gore, pleine de descriptions sanguinolentes, et souvent illustrée par son ami Topor.

C’est avec ce même Topor qu’il publie, en 1963 et sous son véritable nom, un livre qui n’a rien à voir avec les littératures de genre, le Manuel du savoir-mourir, qui reçoit la même année le Prix de l’Humour Noir, ainsi que les éloges d’André Breton. Il va travailler avec le dessinateur Jean-Claude Forrest (Barbarella) à l’émission de télévision Dim Dam Dom. Sa pratique littéraire se ralentit fortement dans la décennie suivante, car il a des activités journalistiques (de nouveau sous pseudonyme) pour Hara-Kiri, mais surtout cinématographiques. Il est le scénariste de quelques films à succès (Le Distrait et Les Malheurs d’Alfred, de Pierre Richard) et surtout celui de Jean-Pierre Mocky (L‘Ibis Rouge, La Bête de miséricorde, Calomnies).

Il s’éteint à 94 ans, le 10 novembre 2016. Comme un ultime pied de nez à la mort sa famille a emprunté pour son faire-part dans le journal Le Monde des textes tirés de son Manuel du savoir-mourir :

« Après l’inspiration, le poète expire. »
Appliquant avec tout le sérieux qu’il convient les usages du savoir-mourir et qu’« Apprendre à mourir exige du temps »,
André RUELLAN, alias Kurt STEINER, est décédé le jeudi 10 novembre 2016, à Paris, à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans.
Il s’est éteint d’un souffle, sans bâcler son agonie, ni râle déplacé, conformément à la bienséance.
Ses amis et proches apprécient l’élégance du geste.

André Ruellan a marqué de son empreinte la science-fiction française, travaillant sur des collections populaires (Angoisse, Anticipation) pour hisser une littérature « de masse » à un niveau remarquable, tant par son style que par ses thèmes.

Pour en savoir plus

- les pages data.bnF d’André Ruellan et celle de Kurt Steiner

- Bibliographie illustrée de l’auteur sur le site nooSFere

- Bibliographie ScienceFictions (juillet 2016)

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