BnF, Manifestations

en lisant en écrivant

16 février 2017

De janvier à juin 2017 se déroule à la BnF un cycle de masterclasses littéraires intitulé « En lisant, en écrivant ». Le titre du cycle est emprunté à en lisant en écrivant, recueil de fragments et de notes de Julien Gracq, publié en 1980 chez José Corti.

Julien Gracq avait soigneusement choisi d’écrire le titre sans majuscule et sans virgule pour montrer la continuité entre les deux activités ; il avait en outre décidé d’adopter les italiques pour en écrivant, et de l’inscrire de manière décalée sur la couverture, comme si écrire était l’image en miroir de lire.

En lisant en écrivant (sans virgule) indique que le passage de la lecture (forcément en partie critique) à l’écriture se fait sans angoisse ni crispation, sans sentiment d’aliénation ou de perte d’authenticité. Je pense – et j’ai écrit – que tout livre pousse (en bonne partie) sur d’autres livres. Le besoin chimérique, qui démange beaucoup de « créateurs » de ne se sentir redevable en rien à la littérature qui les a précédés, ne m’obsède en aucune façon. Le monde et la bibliothèque font partie à titre égal des éléments auxquels je me réfère, quand j’écris, et je ne ferai jamais preuve d’aucune fausse honte à ce sujet. Fictions et réflexions de lecture se sont d’ailleurs dès le début toujours entrelacées plus ou moins étroitement dans la série de mes livres. Mais cela n’est possible qu’à condition de laisser de côté la « science de la littérature » et de ne lire qu’en fonction de ce qui, pour vous, dans les livres, vit réellement. Je ne m’occupe que de mes préférences. La littérature n’est pas ingrate envers qui entretient ce commerce chaleureux avec elle. (Julien Gracq. Entretien avec Jean Carrière, 1986. Œuvres complètes, 2, p. 1249)

Ce titre est ensuite devenu celui d’une une collection des éditions José Corti, créée en 1989 par Bertrand Fillaudeau, qui a succédé à José Corti après sa mort en 1984.

Dans ce volume, Julien Gracq répondait déjà de manière assez originale à la question « pourquoi écrire ? » :

On écrit d’abord parce que d’autres avant vous ont écrit, ensuite, parce qu’on a déjà commencé à écrire : c’est pour le premier qui s’avisa de cet exercice que la question réellement se poserait : ce qui revient à dire qu’elle n’a fondamentalement pas de sens. (Julien Gracq. en lisant en écrivant, ibid., p. 657)

ainsi qu’à celle de la juste place des lecteurs (à propos de laquelle Yasmina Reza s’est aussi exprimée le 31 janvier de manière très honnête) :

Le courant qui passe au fil de la plume ne va vers personne ;  il faudrait en finir une bonne fois avec l’image égarante des « chers lecteurs » levés à l’horizon de l’écritoire et de l’écrivain, ainsi qu’à celui d’un orateur public la foule dans laquelle il transvase la liqueur enivrante. La littérature va du moi confus et aphasique au moi informé par l’intermédiaire des mots, rien de plus : le public n’est admis à cet acte d’autosatisfaction qu’au titre de voyeur, et généralement contre espèces et c’est, je le concède, dans cette affaire, le côté peu ragoûtant. (Julien Gracq. en lisant en écrivant, ibid., p. 667)

La prochaine séance, le 21 février, sera consacrée à Jean Echenoz.

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