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Jean Echenoz, en lisant en écrivant

18 février 2017

Après Yasmina Reza le 31 janvier, le cycle des masterclasses littéraires En lisant, en écrivant, organisé en collaboration avec France Culture et le CNL, se poursuit le 21 février avec Jean Echenoz, qui s’entretiendra avec Matthieu Garrigou-Lagrange à 18h30 au Petit auditorium.

Discret et peu médiatique, Jean Echenoz est néanmoins l’un des auteurs français contemporains majeurs, et son œuvre a déjà influencé nombre d’écrivains plus jeunes. Né à Orange le 26 décembre 1947, son premier ouvrage, Le Méridien de Greenwich, est en 1979 un succès critique et reçoit le prix Fénéon. Il a publié depuis dix-sept romans, toujours aux Éditions de Minuit, jusqu’au dernier à ce jour, Envoyée spéciale (2016). Il a reçu une dizaine de prix littéraires, dont le prix Médicis en 1983 pour Cherokee et le prix Goncourt en 1999 pour Je m’en vais. Le huitième Prix de la BnF lui a été décerné en mars 2016 pour l’ensemble de son œuvre.

Puisque le titre donné à ces masterclasses littéraires est emprunté à en lisant en écrivant de Julien Gracq, il importe de rappeler que l’écriture de Jean Echenoz brasse des influences très diverses, de Laurence Sterne ou Diderot à Proust ou Beckett , de Flaubert à Manchette, de Conrad et Stevenson à Roussel ou Perec. Il puise aussi beaucoup dans l’imaginaire cinématographique (Hitchcock dans Les Grandes blondes, par exemple), et intègre la bande son du jazz avec ses variations, syncopes et dissonances.

D’un roman à l’autre, Echenoz confronte son écriture singulière, distanciée et ludique mais qui porte également un regard de moraliste contemporain sur les travers de notre société, avec les codes de genres très divers : roman policier (Cherokee), roman d’aventure (L’Équipée malaise), roman d’anticipation (Nous trois), roman réaliste (Un an), récit de voyage (Je m’en vais), fiction biographique (la trilogie Ravel, Courir et Des éclairs) ou encore roman de guerre (14) ou d’espionnage (Envoyée spéciale).

S’il cultive une étroite complicité avec ses lecteurs fidèles, qu’il n’hésite pas à interpeler ni à récompenser par des autocitations, il aime aussi beaucoup citer (sans forcément indiquer sa source, par jeu là encore) voire parodier ou remixer, les écrivains qui l’ont nourri :

Dans ce livre, il y a trois phrases que je n’ai pratiquement pas écrites, je les ai juste un peu transformées, vous n’êtes pas tombé dessus, tant pis, page 210, on peut lire « Tous deux se tordent, la brise fraîchit », à un mot près, j’ai trouvé cela dans un des premiers livres que j’ai lus, c’est une didascalie d’Ubu-Roi, « tous se tordent », d’accord, mais « la brise fraîchit », ça ne se commande pas, la brise, mettre ça dans des indications de jeu, pour moi, c’était pure littérature. Page 196, vous avez reconnu ceci, extrait de la troisième partie, chapitre six, de l’Éducation sentimentale, « Il connut la mélancolie des paquebots (des restauroutes) les froids réveils sous la tente (les réveils acides des chambres d’hôtel pas encore chauffées), l’étourdissement des paysages et des ruines (des zones rurales et des chantiers), l’amertume des sympathies interrompues (impossibles) », non ? si !, vous me faites marcher. La troisième appartient à Beckett, c’est la première phrase de Murphy (« Le soleil brillait, n’ayant pas d’alternative, sur le rien de neuf ») qui devient, si l’on peut dire, « Les jours s’écouleraient ensuite, faute d’alternative, dans l’ordre habituel ». Oui, si vous voulez, ce sont des hommages. (à propos de Je m’en vais. « La réalité en fait trop, il faut la calmer ». Entretien avec Jean-Baptiste Harang. Libération, 16 septembre 1999)

Le 11 mars 2011, il était ainsi venu parler longuement avec Antoine Spire de Raymond Roussel (vidéo BnF, 63 min.) dans le Salon de lecture de la BnF. La présence ambiguë et indispensable du rire dans la littérature, qui forme le point d’orgue de cet entretien, revient souvent dans ses propos, par exemple :

Beckett, c’était une voix très forte et singulière, irréductible, ça ne ressemblait à rien et c’était évident. Et puis il y a cette présence du rire chez lui, qui n’est pas réductible à l’humour ni à la drôlerie, ni à l’ironie : le rire de l’existence et du monde. Je crois que cette dimension du rire est là chez tous les auteurs qui comptent pour moi : chez Proust, chez Flaubert, chez Nabokov. Peut-être un peu moins chez Faulkner. (…) Même si je vis de mes livres depuis une trentaine d’années, dire que je suis écrivain me paraît toujours un peu ridicule. Quand je suis vraiment contraint de décliner mon métier, je dis que j’écris des livres. Cette réserve est peut-être liée au fait que je n’ai pas du tout le sentiment d’être installé dans ce travail. Quand un livre est fini, même si je ne peux plus rien ajouter ou retrancher, je n’en suis jamais vraiment content. Mais c’est justement ça qui m’intéresse : remettre tout en jeu chaque fois. Pouvoir me dire : tiens, si j’essayais ceci que je n’ai jamais tenté. (« Dire que je suis écrivain me paraît toujours un peu ridicule ». Entretien avec Jérôme Bonnet. Télérama, 26 mars 2013)

En savoir plus

- Informations pratiques sur les masterclasses d’écrivains.

- La plupart des livre de Jean Echenoz, ainsi que des études critiques, sont disponibles en libre-accès dans les salles H (Haut-de-jardin) et V (Bibliothèque de recherche) : cette page regroupe tous les documents proposés par la BnF, que l’on peut également retrouver dans cette bibliographie sélective (2016), accompagnés de ressources en ligne.

- La page consacrée à Jean Echenoz sur le site des Éditions de Minuit, propose des fiches détaillées sur chaque roman, avec des vidéos, des extraits et des revues de presse,

- et plusieurs entretiens passionnants sont disponibles en ligne à partir de la page consacrée à Jean Echenoz sur le site de France Culture.

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