Hommage

Hommage à Armand Gatti (1924-2017)

10 avril 2017

Éternel provocateur engagé sa vie durant auprès des sans-voix, auxquels il souhaitait rendre la parole, Armand Gatti, poète, dramaturge, metteur en scène, scénariste et réalisateur s’est éteint, jeudi 6 avril, à l’âge de 93 ans.

Né Sauveur Dante Gatti le 26 janvier 1924 à Monaco, ce fils d’immigrés italiens grandit dans le bidonville du Tonkin à Monaco. Engagé dans la Résistance en Corrèze, il est arrêté en 1943, déporté, mais il s’évade et rejoint Londres puis prend part à la campagne de France comme parachutiste. Après la guerre, il devient chroniqueur judiciaire, puis reporter (prix Albert-Londres en 1954).

Sa passion du verbe le mène vers le théâtre. Soutenu par Jean Vilar, Armand Gatti crée en 1959 sa première pièce au Théâtre National Populaire, mais Crapeau-buffle, qui fait éclater les structures de l’écriture et de la mise en scène, est mal accueillie par la critique. En 1968, La Passion du général Franco est interdite. Il tente alors avec le cinéma une autre manière d’explorer le langage et réalise son premier film, L’Enclos, en 1961. Mais son théâtre et son cinéma, provocateurs et contestataires, dérangent.

Mû surtout par le besoin de toucher le public populaire, Armand Gatti choisit alors de travailler hors de l’institution théâtrale, dans des expériences collectives et novatrices. À partir de 1973, il se consacre essentiellement, avec sa femme Hélène Châtelain, à des ateliers d’écriture et d’élaboration de spectacles avec ceux qu’il appelle ses « loulous » (analphabètes, chômeurs, immigrés, marginaux, prisonniers, internés psychiatriques, etc.). Il fonde successivement en 1973 l’Institut de recherche sur les Mass Médias et les arts de diffusion, en 1982 l’Atelier de création populaire l’Archéoptéryx à Toulouse, puis en 1986 La Parole errante à Montreuil-sous-Bois. Dans toutes ces expériences de création poétique et d’écriture théâtrales, poésie et révolution sont complémentaires : la langue est ce qui permet à l’homme de s’élever et de se révolter.

Armand Gatti à la BnF

La Parole errante, lieu de création qu’Armand Gatti a fondé en 1986, a confié à la Bibliothèque nationale de France les archives manuscrites et audiovisuelles de ce créateur aux multiples talents. Deux dons successifs ont été faits en 2012 au Département des Arts du spectacle et en 2014 au département de l’Audiovisuel.

Les archives d’Armand Gatti données par la Parole Errante au Département des Arts du spectacle en mars 2012 contiennent l’ensemble des manuscrits et tapuscrits de l’œuvre d’Armand Gatti, de la correspondance, des carnets de notes, ainsi qu’un agenda, soit environ 50 boîtes d’archives. Le fonds est consultable dans la salle de lecture du département des Arts du spectacle sur le site Richelieu.
Le département des Arts du spectacle conserve également plusieurs dossiers de mise en scène pour l’œuvre théâtrale d’Armand Gatti, dans le fonds du Théâtre national populaire et le fonds Roger Planchon.

Hélène Châtelain et Stéphane Gatti sont de précoces utilisateurs de la vidéo. Dès les années 1970, des centaines d’heures sont tournées au cours d’ateliers de création collectifs, de séances de travail, de lectures. Ces archives, déposées en 2014 au département de l’Audiovisuel, sont des témoignages prodigieusement riches du pouvoir fertilisateur de la pensée et de la voix de Gatti. Elles recèlent aussi plusieurs œuvres sans équivalent, tel Le lion, sa cage et ses ailes, fresque vidéo en sept volets tournée avec les immigrés de Montbéliard, qui révèle toute la part des imaginaires dans l’expérience du quotidien. La BnF a commencé en 2016 la restauration méthodique des productions vidéo de La Parole errante.

On peut aussi lire les Œuvres d’Armand Gatti dans les salles H et V de la BnF et l’ensemble des documents disponibles à la BnF de et sur Armand Gatti sont repris dans la page data.bnf qui lui est consacrée.

Armand Gatti était intervenu à la BnF le 6 avril 2011, à l’invitation du département des Arts du spectacle, et la vidéo est disponible sur le site : Traits d’union - Le théâtre militant : Armand Gatti, Emmanuel Darley, Lancelot Hamelin, Joël Huthwohl et Lucien Attoun (vidéo, 90 min)

Pour en savoir plus, on peut également :

- écouter Armand Gatti sur France Culture

- et consulter le site de la Parole errante.

illustration ci-dessus : Ces empereurs aux ombrelles trouées (1991). Photographies de Daniel Cande. Département des Arts du spectacle, DIA-PHO-6 (242). Gallica

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