Manifestations

Olivier Rolin, en lisant en écrivant

26 avril 2017

Après Yasmina Reza, Jean Echenoz, Jean Rolin et Jean-Christophe Rufin, Olivier Rolin sera le prochain invité des Masterclasses d’écrivains En lisant en écrivant organisées par France Culture, le CNL et la BnF.

Cette 5ème masterclasse, qui aura lieu mardi 2 mai de 18h30 à 20h au petit auditorium, sera animée par Raphaël Bourgois. Elle sera, comme toutes les précédentes, diffusée l’été prochain sur France Culture.

Olivier Rolin, né le 17 mai 1947 à Boulogne-Billancourt, est le frère ainé de l’écrivain Jean Rolin. Il passe une partie de son enfance au Sénégal, puis fait des études de philosophie et de littérature au Lycée Louis-le-Grand et à l’École Normale Supérieure. À la fin des années 60 et au début des années 70, Olivier Rolin milite activement au sein de la Gauche prolétarienne maoïste dont il dirige la branche militaire Nouvelle résistance populaire. Collaborateur de Libération et du Nouvel Observateur, il publie à partir des années 80 des essais et une dizaine de romans, pour la plupart édités au Seuil.

Dans des livres très divers, tous placés sous le signe de la mélancolie, de l’exil et de la solitude, mais aussi pleins d’humour, Olivier Rolin ne cesse de s’interroger sur l’histoire, les utopies, le rapport entre la pensée et l’action, les ambiguïtés de l’humain.

La mélancolie est constitutive chez moi. Même si, avec le temps, elle a gagné, me semble-t-il, en légèreté. J’aimerais qu’à l’avenir, de plus en plus, mes livres soient comme la musique de Schubert : la mélancolie et la gaîté intimement mêlées. (« La littérature m’a appris l’ambiguïté », 2008)

En 1983, son premier roman, Phénomène futur superpose échec amoureux et désillusion politique. Bar des flots noirs (1987) entraîne le lecteur de bar en bar et de pays en pays en compagnie de Borges, Gombrovicz, Joyce, Svevo, Pessoa, Kafka. Port-Soudan (Prix Femina en 1994) et Meroé (1998) évoquent tous deux mais avec des points de vue très différents l’Afrique et son Histoire. L’Invention du monde (1993), roman-somme en forme de tour du monde en 48 chapitres et 48 heures, fait le pari de contenir tout ce qui s’est passé le 21 mars 1989, selon 491 journaux de 31 langues différentes. Dans Tigre en papier (2002, Prix France Culture en 2003) le romancier fait le point sur son expérience du combattant de la gauche prolétarienne. Suite à l’hôtel Crystal (2004) est une entreprise perecquienne : la description minutieuse de chambres d’hôtel dans le monde entier débouche sur de très courtes histoires tragi-comiques. Son dernier livre publié à ce jour, Baïkal-Amour (2017)  est un voyage mélancolique à travers la Sibérie, territoire qu’il affectionne tout particulièrement.

La littérature comme insatisfaction

Dans ses entretiens Olivier Rolin insiste sur le fait que la littérature met en état de perte, « déconforte » (selon une expression de Roland Barthes). Il cite souvent la définition que donne Victor Hugo : « la bourgeoisie c’est l’intérêt arrivé à satisfaction », pour affirmer que la littérature au contraire est une intranquillité qui « part d’une insatisfaction (…) et est elle même un exercice d’insatisfaction : ce qu’on poursuit à travers le livre, on ne l’atteint jamais. » (« Tauromachie avec les mots  ». Entretien avec Yves Charnet, Scherzo, 18-19, 2002).

Faire de la littérature, c’est essayer de lutter contre, désamorcer, ridiculiser les lieux communs de l’époque. Toute époque tient par des lieux communs. La nôtre en est plus massivement et plus intimement, plus essentiellement tissée, car, à la différence du capitalisme industriel ancien, qui fabriquait de l’acier, des produits manufacturés, etc. le capitalisme moderne fabrique des modes, des représentations, des tendances, des histoires, des images… Bref, des lieux communs, ou encore ce qu’on appelait de l’idéologie. Les lieux communs sont devenus le cœur même de nos sociétés. (…) l’écriture est, comme la révolution, une leçon d’inassouvissement. (« L’ironie de Tantale ». La Femelle du requin, 20, 2003)

« Le génie subtil du roman », titre que l’écrivain donne à une conférence en 2007, est en effet tout entier dans « l’art de l’ambigu » :

Ce n’est pas défaut de savoir, mais au contraire très profond savoir que celui qui construit et anime ces figures de l’indéterminé, de l’incertain, de l’hésitation, qui sont celles de la vie humaine dès lors qu’on ne la ravale pas à être une simple force, un élément d’une mécanique, d’une stratégie. L’indéterminé, l’incertain, l’hésitation qui sont celles de l’âme, oserait-on dire, d’un vieux mot - dès lors qu’on ne s’en décrète pas l’ingénieur. Le savoir que nous transmet le roman, précisément, et qu’il est seul à pouvoir nous transmettre - ni l’histoire ni aucune science humaine ne le pourra - c’est celui-ci : nos destinées sont toutes tramées d’équivoque, même les plus apparemment  droites, il est rare qu’elles ne se laissent pas envisager de plusieurs façons, qu’elles ne soient pas susceptibles de plusieurs vérités. (…)
le roman n’est pas “arrogant”, ne juge pas, le roman ne conclut pas, le roman ne fait pas la leçon.

En lisant en écrivant

Pour toutes ces raisons, la lecture, aujourd’hui plus que jamais, est ce qui aide à vivre : « Je reçois des lettres de gens qui disent simplement que mes livres les aident à vivre, c’est-à-dire à résister. Ça me paraît étrange, pourtant je sais que moi, de mon côté, lire Antoine Volodine m’aide à vivre. Lire un journal ne m’aide pas à vivre, mais, en règle générale, à devenir con. Volodine m’aide à garder une capacité de penser librement, d’imaginer, de fabuler. » (« L’ironie de Tantale ». Entretien. La Femelle du requin, 20, 2003).

Olivier Rolin cite souvent Henri Michaux ou Roland Barthes, mais aussi Homère, Ovide, Joseph Conrad ou les écrivains russes. Il affirme s’inscrire dans la « lignée de l’excès, du “mauvais goût”, du multiple, de l’extensif. Une tradition outrancière qui croit aux pouvoirs magiques ou plutôt carnavalesques de la langue. Ça commence avec Rabelais, mettons (c’est-à-dire avec le début de la littérature en langue française) et ça va jusqu’à… eh bien moi, il me semble que ça va jusqu’à Claude Simon, en passant par Hugo et Céline (et Claudel et Genet, enfin il y a du monde…). » (« L’ironie de Tantale ». Entretien. La Femelle du requin, 20, 2003).

Il n’oublie pas de citer certains de ses contemporains, Volodine comme ci-dessus et quelques autres :

Disons que je ne me sens pas littérairement proche, en effet, d’un autre écrivain. En revanche, j’ai de l’intérêt, de l’estime, et en général de l’amitié, pour toute une bande de mes contemporains, tels que Jean Echenoz, Pierre Michon, Antoine Volodine… - en tout, une petite dizaine d’écrivains. On ne peut pas dire qu’il y a des points communs entre nous, mais ce sont des auteurs qui prennent la littérature au sérieux, qui prennent la langue au sérieux et qui ne font pas une littérature qui soit un simple symptôme. En fait, je n’apprécie guère la littérature qui se limite à dire une chose ou une autre sur l’époque contemporaine. Une littérature sans racines, sans histoire. J’aime les écrivains qui me font entendre, derrière leurs propres mots, de grandes voix de l’histoire littéraire. À la façon dont, lisant Pierre Michon, on sent derrière lui la présence de Faulkner, de Pascal. (« La littérature m’a appris l’ambiguïté ». Propos recueillis par Nathalie Crom, Télérama, août 2008)

Olivier Rolin à la BnF

De nombreux documents de et sur Olivier Rolin sont disponibles à la BnF. On peut lire l’essentiel des ses romans en libre-accès, dans les salles H et V du Haut-de-jardin, et notamment les deux volumes dans lesquels il a récemment recueilli ses textes et romans aux éditions du Seuil : Circus 1 (1980 - 1998) (2011) et Circus 2 (1999 - 2011) (2012). On y trouve également des études critiques, par exemple Ruines de l’utopie : Antoine Volodine, Olivier Rolin de Mélanie Lamarre (2014) et Olivier Rolin : littérature, histoire, voyage, des études réunies par Luc Rasson et Bruno Tritsmans (2008).

Plusieurs vidéos sont également disponibles sur le site de la BnF :
- Olivier Rolin. « Choses vues de Victor Hugo ». Cycle Le Salon de lecture. Conférence du 20 octobre 2010. 75 min.
- Maryline Desbiolles, Christophe Pradeau, Olivier Rolin. Le Cercle littéraire de la BnF, 15 février 2010. Présenté par Laure Adler et Bruno Racine. 49 min.
- Geneviève Brisac et Olivier Rolin. Le Cercle littéraire de la BnF, 15 septembre 2014. Présenté par Laure Adler et Bruno Racine. 54 min.

Pour en savoir plus

- Olivier Rolin : site « librement conçu et réalisé par Claudine Lodier »,

- la page Olivier Rolin des éditions du  Seuil,

- le dossier Olivier Rolin du site remue.net, avec notamment un texte de l’écrivain sur son quotidien d’écriture : « Vue de ma table de travail »,

- de nombreux entretiens sont enfin disponibles sur France culture, et en particulier un entretien avec Jean-Christophe Rufin.

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