Choix du bibliothécaire

Vous avez été enfant, lecteur

15 mai 2017


En écho à l’exposition Mômes & Cie, qui a lieu du 29 mars au 30 juillet 2017 à la Cinémathèque française, nous vous proposons dans la salle H, du 16 mai au 16 juillet, une présentation d’ouvrages autour de l’enfant dans les littératures française et francophone contemporaines.

L’enfant est un sujet inépuisable en littérature. L’enfance est une période fondatrice pour chacun, et plus encore pour un écrivain, qui y trouve matière à sonder ses émotions, ses goûts et à expliquer l’adulte qu’il est devenu. Enfance heureuse ou malheureuse, c’est la période où naît parfois la vocation littéraire, où s’expliquent les obsessions, les traumatismes, où surgissent les expériences premières de l’amour, de l’amitié, de l’effort, de la déception.

L’enfance est bien sûr évoquée de manières très diverses dans de nombreuses autobiographies en prose, des Mots de Jean-Paul Sartre à Enfance de Nathalie Sarraute ou W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, ou en vers, de Chêne et chien de Raymond Queneau à Début de Nathalie Quintane.

Je suis de mon enfance. Je suis de mon enfance comme d’un pays.
Antoine de Saint-Exupéry

Chez beaucoup d’écrivains francophones, le récit autobiographique de l’enfance est aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru par les enfants pauvres, dans des villes ou villages bien éloignés du monde littéraire, souvent français, voire parisien dans lequel ils évoluent à l’âge adulte. Patrick Chamoiseau, dans sa trilogie Une enfance créole, conte la vie des petites gens de Fort de France en Martinique. Boualem Sansal évoque dans Rue Darwin ses premières années, alors que, éloigné de sa mère, il vit avec sa grand-mère, tenancière d’une maison close à Alger.

Alain Mabanckou revient quant à lui, dans Demain j’aurai vingt ans et Lumières de Pointe-Noire, sur son enfance au Congo, vingt-trois ans après avoir quitté sa maisonnette et son quartier pauvre, et être devenu écrivain et professeur reconnu. Il déclare d’ailleurs que « ces deux livres fonctionnent comme des frères, des jumeaux même. Demain j’aurai vingt ans est porté par la voix de l’enfant qui s’émerveille devant les réalités congolaises. Lumières de Pointe-Noire est la réponse de l’adulte qui regarde tout ça avec une certaine nostalgie » (Jeune Afrique, 2013).

Dany Laferrière évoque dans L’odeur du café son enfance en Haïti dans les années 1960, avant que la dictature de Jean-Claude Duvalier ne le pousse à s’exiler au Canada. Ces deux derniers livres sont traités comme des albums, ne découvrant que certains moment clés ou souvenirs frappants des premières années. Tout comme Bonbons assortis du Québécois Michel Tremblay, qui nous livre quelques-unes des anecdotes les plus drôles de sa grande famille unie. D’autres sont construits de manière plus linéaire ou chronologique, comme L’enfant rieur d’Henry Bauchau, souvenirs d’une enfance au mauvais endroit au mauvais moment c’est-à-dire la Belgique pendant la première guerre mondiale.

Vous avez été enfant, lecteur, et vous êtes peut-être assez heureux pour l’être encore. Victor Hugo

Mais l’enfance n’est pas traitée uniquement d’un point de vue autobiographique. Nombreux sont les romans qui ont pour héros un jeune protagoniste. Dans L’aîné des orphelins, Tierno Monenembo évoque la guerre au Rwanda vue par les yeux d’un orphelin de quinze ans livré à lui-même et vivant de vols et de délits. L’Ivoirien Ahmadou Kourouma dénonce en 2000 dans Allah n’est pas obligé, le sort des enfants-soldats. Son jeune héros de treize ans traverse des pays en guerre où, enrôlé de force, il doit combattre et tuer.

Gabrielle Roy fournit un récit plus optimiste dans un livre très populaire au Canada, Ces enfants de ma vie. Envoyée à vingt ans dans une école rurale du Manitoba dans les années 1930, elle dresse le portrait de six de ses élèves qui l’ont particulièrement marquée, l’un tenant seul la maison à 11 ans, l’autre, Ukrainien, ne comprenant pas le français. Six portraits d’enfance inoubliables.

Certains romanciers vont jusqu’à adopter le point de vue de l’enfant, voire du bébé. Dans La vie d’un bébé de François Weyergans, le narrateur est un fœtus mais aussi un érudit, qui détient le savoir de toute l’humanité, mais le perd au fur et à mesure de son développement intra-utérin. Dans Une saison dans la vie d’Emmanuel, Marie-Claire Blais décrit la vie de la famille d’Emmanuel, bébé et dernier-né d’une famille de seize enfants au Québec. Amélie Nothomb raconte dans Métaphysique des tubes les trois premières années de sa vie, au Japon : considérée par tous comme un « tube digestif inerte et végétatif dont les activités se bornent à ses besoins primaires », elle décrit néanmoins de façon très drôle la vie de son entourage. Dans Au pays d’Alice, enfin, Gaëlle Bantegnie regarde également le monde à la hauteur d’une toute petite fille, Alice, qui, à un âge où rien n’est encore fixé, ni le langage ni la motricité, découvre les objets, les gestes et les mots.

Pour en savoir plus

- l’exposition Mômes & Cie, du 29 mars au 30 juillet 2017 à la Cinémathèque française, et le catalogue de l’exposition chez Actes sud,

- L’art et l’enfant, l’enfance de l’art, bibliographie sur l’enfant dans la peinture (mars 2016),

- Le cinéma à hauteur d’enfant sur tous les écrans audiovisuels du Haut-de-jardin,

- et bien sûr le CNLJ vous propose dans la salle I de très nombreux ouvrages de littérature sur l’enfance pour la jeunesse.

Sarah Tournerie et Christine Genin

Partager ce billet
  • TwitThis
  • Facebook
  • E-mail this story to a friend!
  • Print this article!
  • LinkedIn
Adresse du rétrolien (trackback) pour ce billet :
http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2017/05/l-enfant-dans-la-litterature/trackback/

 

Laissez un commentaire