Choix du bibliothécaire, Manifestations

La bibliothèque et l’Oulipo

11 mai 2017

Durant le Festival de la BnF, La bibliothèque parlante, samedi 20 et dimanche 21 mai, on pourra à quatre reprises retrouver pendant une heure au Petit auditorium « La bibliothèque imaginaire de l’Oulipo », des jeux littéraires autour de la thématique de la bibliothèque.

Cette manifestation s’inscrit dans le cadre d’un printemps très oulipien, avec notamment l’entrée de Georges Perec dans la Pleiade, mais aussi, du 15 mars au 10 juin, une exposition, L’Oulipo et les Savoirs, au plan très original, réalisée par la bibliothèque voisine des Grands Moulins (Paris Diderot), en collaboration avec les étudiants et les enseignants de l’école Estienne et avec la participation de Louise Drulhe ; un colloque consacré lui aussi à L’Oulipo et les Savoirs se déroule également à Paris 7 et à l’INHA les 11, 12 et 13 mai.

Comme les bibliothécaires borgésiens de Babel qui cherchent le livre qui leur donnera la clé de tous les autres, nous oscillons entre l’illusion de l’achevé et le vertige de l’insaisissable. Au nom de l’achevé, nous voulons croire qu’un ordre unique existe qui nous permettrait d’accéder d’emblée au savoir; au nom de l’insaisissable, nous voulons penser que l’ordre et le désordre sont deux mêmes mots désignant le hasard.
Il se peut aussi que les deux soient des leurres, des trompe-l’oeil destinés à dissimuler l’usure des livres et des systèmes.
Entre les deux en tout cas il n’est pas mauvais que nos bibliothèques servent aussi de temps à autre de pense-bête, de repose-chat et de fourre-tout.
(Georges Perec, Penser/Classer, p. 38-42)

L’Ouvroir de Littérature Potentielle, fondé en 1960 par Raymond Queneau, écrivain amateur de mathématiques, et son ami et complice François Le Lionnais, mathématicien passionné de littérature, n’est pas un mouvement littéraire, mais un atelier de littérature expérimentale, ce qui explique peut-être sa longévité. Pour les oulipiens, la création littéraire est en effet avant tout un travail sur la forme et un jeu avec le langage. L’écriture se nourrit de règles et de l’exploration méthodique des potentialités de la langue ; le recours à des contraintes formelles la rend paradoxalement plus libre.

Au fil de réunions régulières, le groupe s’est renouvelé par cooptations successives et a depuis plus de cinquante ans engendré de nombreux textes, collectifs ou individuels, qui mêlent, souvent de manière très réussie, logique, humour et charme poétique. À travers les multiples lectures, ateliers d’écriture et émissions de radio qu’il anime, un large public peut pratiquer les contraintes et éprouver leur incontestable efficacité pour écrire comme en jouant et diminuer l’angoisse de la page blanche.

L’Oulipo à la BnF

En 2005-2006, le fonds Oulipo, jusqu’alors hébergé chez Marcel Bénabou, Secrétaire Définitivement Provisoire, est mis en dépôt à la Bibliothèque de l’Arsenal : une collection importante de livres, de périodiques et de boîtes d’archives manuscrites et dactylographiées, constituée par les secrétaires successifs depuis le début de la vie du groupe (1960), et complètement inconnue du public. Elle vient rejoindre les fonds d’oulipiens qui y étaient déjà présents : celui de Georges Perec (fonds privé et fonds de l’Association Georges Perec, à l’Arsenal depuis 1983), et ceux, donnés à la BnF, de Jacques Jouet (dons réguliers depuis 1999), Noël Arnaud (depuis 2003), Jacques Bens (2004). Les liens entre l’Arsenal et l’Oulipo continuent à se nouer puisque certains fonds ont été ajoutés depuis : celui de François Caradec (2009) et plus récemment celui de Paul Fournel, actuel président du groupe (2014).

On peut consulter dans Gallica le Fonds Oulipo, qui comprend notamment les documents manuscrits de 346 dossiers mensuels des réunions oulipiennes, de 1960 à 2010.

Pour la première fois, l’Oulipo a fait l’objet d’une exposition rétrospective, Oulipo. La littérature en jeu(x), à la Bibliothèque de l’Arsenal du 18 novembre 2014 au 15 février 2015 : de la constitution du groupe aux contraintes utilisées et aux œuvres produites, la BnF y présentait plus de 300 documents, dont de nombreux inédits.

La BnF accueille par ailleurs depuis 2005 des lectures mensuelles ouvertes à tous et qui font souvent salle comble : les Jeudis de l’Oulipo. Les vidéos des lectures passées, depuis 2007, sont disponibles sur le site de la BnF.

Pour en savoir plus

- Tous les documents sur L’Oulipo à la BnF et deux bibliographies sélectives : Oulipo. La littérature en jeu(x) (2015) et Georges Perec (2012)

- et bien sûr le site de l’Ouvroir de littérature potentielle

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