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[Actualités audiovisuelles] Zoologiques : un animal, des animaux

28 juin 2017

Les animaux nous intriguent, nous font rire ou nous font peur. Nous pensons les connaître, les aimer, ou les craindre. Nous avons grandi avec eux, nous nous sommes identifiés à leur puissance.

Nous sommes faits de chair et de sang, comme la plupart d’entre eux. Et pourtant ils nous sont irréductiblement étrangers, mêmes domestiqués.

Zoologiques est un état de l’art, cinématographique et musical, des précieux échanges entre zoomorphes (qui ressemblent à un animal), et anthropomorphes (qui ressemblent à un homme).

Si l’homme est un animal comme les autres, la pensée moderne le distingue du reste des espèces, selon le mot de Claude Levi-Strauss, “dans l’exigence de la discontinuité entre l’homme et la nature”.

Le cinéma s’attache plutôt à résorber ce hiatus, en travaillant toute l’indécidable ambiguïté des rapports entre les hommes et les animaux.

  • Animalia cinematografica

Les baleines, les tigres, les amibes, les girafes, les aigles, les araignées, les singes, les oursins, etc. Tout ce qui vit et ce qui bouge, se tapit, rampe, galope, nage ou vole, tout ce qui dévore et se reproduit, tout ce qui va mourir, et que la machine à imprimer la vie - comme disait Louis Delluc - capture et vampirise. Comme tout le monde j’aime voir ces images. (Jean-André Fieschi)

L’art pariétal des peintures de Lascaux, comme la riche iconographie qui précède l’invention du cinéma, attestent d’une longue histoire des animaux, façonnée par les artistes et les savants.

Au 19ème siècle, Eadweard Muybridge puis Étienne-Jules Marey, décomposent la locomotion animale grâce à la chronophotographie. Plus tard, Louis Lumière filme en 1896 “un gros chat qui fait sa toilette et un petit garçon qui lui apporte une assiette de lait.”

Avant que Cooper & Schoedsack n’imaginent King-Kong, le premier monstre animal de l’histoire hollywoodienne, les cinéastes orchestrent la colère des éléphants, menaçant le fragile équilibre d’une communauté humaine vivant dans la jungle.

Quant à Jean Painlevé dans son laboratoire, il développe pour la caméra, son surréaliste théâtre d’ombres, pour transcender l’observation naturaliste d’espèces, encore peu familière des spectateurs.

Chapitre : Animal-corps-matière | Figures animales

  • Exotica

L’exotisme trouve dans les jardins zoologiques d’une part, et dans le cinéma dit animalier d’autre part, un espace d’exhibition d’une nature sauvage, celle-ci s’y jouant comme indomptable, mais toujours à portée de regard.

“Les zoos publics ont fait leur apparition au commencement de l’époque qui allait voir les animaux disparaître de la vie quotidienne” (John Berger)

Les cinéastes comme Frederick Wiseman (Zoo, 1993), Nicolas Philibert (Nénette, 2009) ou Denis Côté (Bestiaire, 2013) scrutent avec appétit les regards des touristes et de leur ménagerie.

Nourrie par l’imaginaire colonial et ses histoires de chasses au lion, les films “de safari” s’inscrivent dans la fascination hollywoodienne pour l’Afrique sauvage. Ils mettent en scène une chasse mécanisée, loin de La chasse au lion à l’arc filmée par Jean Rouch (1965).

Le grand spectacle de la faune sauvage au cinéma commence sans doute avec Le silence de la mer (1966) et les explorations sous-marines du Commandant Cousteau. Elle se poursuit grâce aux pionniers français du genre : Gérard Calderon (Bestiaire d’amour, 1970), Gérard Vienne et François Bel (Le territoire des autres, 1970), Claude Nuridsany et Marie Pérennou (Microcosmos : le peuple de l’herbe, 1996), et plus récemment Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, avec qui “c’est la nature qui se raconte”.

Plus récemment, d’autres cinéastes parviennent à diriger les animaux comme des comédiens, à l’instar de Koreyoshi Kurahara (Antartica, 1983), Jean-Jacques Annaud (L’ours, 1988 & Le dernier loup, 2015) ou Thierry Ragobert (Amazonia, 2013).

Chapitre : En liberté | Pourchassés | En captivité

  • Animalia domestica

La ferme ou sa maison, la ville aussi, sont les territoires partagés et privilégiés des rapports intimes que les hommes entretiennent avec leurs animaux. Qu’ils les élèvent pour les manger, ou pour les choyer, ces bêtes restent la propriété des hommes, mêmes si elles sont comme le précise notre code civil : “des êtres vivants doués de sensibilité”.

Les vaches, les cochons, les chiens et les chats occupent une place de choix. Ariane Doublet, Dominique Gros, Bernard Bloch, ou encore Emmanuel Gras développent ainsi un regard foisonnant sur nos bovidés nourriciers, devenus avec les cochons, les symboles de l’exploitation de la chair animale.

Car avec le développement des périls alimentaires et climatiques, les inquiétudes et les remords grandissent.

Pour les activistes anti-vivisection et antispécistes (refusant toute forme de discrimination entre les espèces), aperçus dans L’armée des douze singes ; comme pour les militants de la biodiversité et les associations de la protection animale, les images sont une injonction éthique. “Ouvrons les yeux sur l’élevage et les abattoirs” invite l’association L214.

Le cinéma documentaire montre abondamment toutes les pratiques rituelles ou industrielles de la mort animale. L’indignation et la compassion l’emporte dans le cinéma de fiction, qui imagine une issue plus heureuse que l’abattoir ou le laboratoire (The plague dogs, de Martin Rosen), dans un monde où les rapports de domination sont renversés (White God, de Kornél Mundruczó, ou La planète des singes, de Tim Burton).

Chapitre : Animal-connection | Animal-famille | Domestiqués | Cause animale

  • Imaginarium animalia

Tout un bestiaire fantastique hante l’histoire du cinéma. Hommes-animaux, monstres génétiquement modifiés, dinosaures rescapés de l’évolution, une proliférante cryptozoologie projette les terreurs les plus profondes de l’humanité, sur nos rétines souvent complices.

Tarzan (Greystoke : la légende de Tarzan, 1984) ou Mowgli (Le livre de la jungle, 1942) font face au dilemme insoluble de l’homme-singe, de l’homme élevé par les loups, tiraillé entre jungle et culture.

Chapitre : Cryptozoologie | Manimal

  • Où et quand ?

Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand
Bibliothèque du Haut-de-jardin, entrée libre tous les jours à partir de 17h
Du mardi 11 juillet au jeudi 31 août 2017

Séances permanentes sur tous les postes audiovisuels
Du mardi au samedi (10h-20h) et le dimanche (13h-19h)

Séances spéciales sur le grand écran de la salle A
Du mardi au dimanche à 17h (sauf mercredi)

  • Pour en savoir plus

Téléchargez le programme complet.

Quelques textes à lire à la BnF :
En Haut-de-jardin (salle A) | L’animal écran - 791.72 FIES a
En Haut-de-jardin (salle A) | Images documentaires n°84 – Animal - décembre 2015 - MAV Imag docu
En Rez-de-jardin (salle P) | Vertigo N° 19 - Animal - octobre 1999 - MAV Vert

Quelques textes à lire en ligne :
L’influx, le webzine qui agite les neurones : Les animaux font leur cinéma
L’Université populaire des images : Les animaux, les images et nous
Le cycle L’homme et la bête imaginé par Documentaire sur grand écran.

  • Encore plus

Les autres actualités des collections audiovisuelles de la BnF.
Toutes les [Actualités audiovisuelles] du Blog Lecteurs.

Julien Farenc (BnF)

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Crédit photographique : Greta Garbo pose nerveusement au côté de Jackie le lion, la mascotte de la MGM (1926) © Céline Letellier/BnF (DR).

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