Manifestations

Pierre Michon, en lisant en écrivant

7 juin 2017

Avec Pierre Michon s’achève la première saison des des Masterclasses d’écrivains En lisant en écrivant organisées par France Culture, le CNL et la BnF.

Après celles de Yasmina Reza, Jean Echenoz, Jean Rolin, Jean-Christophe Rufin, Olivier Rolin et Maylis de Kerangal, cette septième masterclasse aura lieu mardi 13 juin de 18h30 à 20h au petit auditorium et sera animée par Arnaud Laporte, qui a également coordonné toute la série.

Elle sera, comme toutes les précédentes, diffusée l’été prochain sur France Culture, et disponible en vidéo sur le site de la BnF.

Pierre Michon est né le 28 mars 1945, au hameau des Cards dans la Creuse. Il est élevé par sa mère institutrice, car son père a quitté le foyer. Lycéen à Guéret, il étudie ensuite les lettres à l’université de Clermont-Ferrand, abandonne un mémoire de maîtrise sur Antonin Artaud puis rejoint une petite troupe de théâtre et voyage dans toute la France.

Il ne publie son premier texte, Vies minuscules, qui obtient le prix France Culture, qu’en 1984. Il a presque 40 ans, et déclarera plus tard que ce livre l’a « sauvé ». Pierre Michon a consacré quatre-vingt-quinze carnets de notes à la rédaction de ces huit vies d’inconnus qu’il a croisés durant son enfance ou sa vie d’errance. Il ne s’agit pas, bien sûr, de biographies exhaustives, mais de courtes nouvelles en forme de biographèmes qui sont à rapprocher de sa propre vie. Si ce premier livre est un coup de maître, c’est sans doute parce qu’il part du profond désir d’être écrivain, de l’improbable nécessité qui le fonde, des difficultés à le devenir, en s’élevant au-dessus de son extraction et de sa province.

Ses textes suivants seront aussi assez souvent des fictions biographiques : vies d’artistes, comme Vie de Joseph Roulin (1988), où il raconte l’histoire du facteur six fois pris en modèle par Van Gogh et mesure l’écart entre la misère du peintre et son immense succès post-mortem, et Rimbaud le fils (1991), ensemble de textes courts sur la destinée du poète ; ou essais sur des écrivains (Trois auteurs en 1997, Corps du roi en 2002).

Dans ses textes plus romanesques comme La Grande Beune (1995) dominent récits de filiation et fictions historiques : royaumes barbares nés de la chute de Rome (L’Empereur d’Occident, 1989), sombres époques médiévales (Abbés, Prix Décembre en 2002) ou période de la Terreur. En 2009, Les Onze évoque l’histoire du peintre Corentin et celle de la Révolution française à partir de la description d’un grand tableau fictif représentant les onze membres du Comité de salut public et lui vaut le Grand prix du roman de l’Académie française.

Michon a aussi reçu, pour l’ensemble de son œuvre, en 2004 le Grand prix de littérature de la SGDL et en 2015 le premier Prix Marguerite Yourcenar.

À mon sens, le roman long, romanesque, sans excipient, puissant sans bavardage, a été mené à son terme au vingtième siècle dans des expériences comme celles de Joyce ou Faulkner, qui ne sont plus faisables. Ils ont mené le genre à sa dernière perfection. Nous vivons un temps d’épigones de ces gens-là, bien sages, bien pensants, bien obéissants, bien révolutionnaires, qui sont tellement en dessous de leurs modèles. Pour reprendre la métaphore de la tragédie classique, après Corneille et Racine c’était fini : il y a eu des épigones encore pendant deux siècles, jusqu’à Ponsard, qui était contemporain d’Hugo. Mais la chose était morte. Des spectres.
Mais je généralise trop. Je ne peux répondre en fait à cette question qu’en mon nom propre. Il se trouve en effet que mon énergie, ou ma jouissance d’écrire, ne se déploie que dans le bref. Le geste artistique qui me parait le plus admirable au monde est celui de ces vieux peintres orientaux légendaires qui pendant dix ans ne font rien, vont se promener au bord de l’eau, et qui tout à coup en deux minutes et trois coups de pinceau font un admirable canard. On est loin du travail de forçat auquel notre temps voudrait astreindre nos romanciers : un, voire deux livres par an, beaucoup de souffrances et de labeur perdus à chercher des copules. Faire du bref, c’est aussi, idéologiquement, échapper au piège de la production, de la libre entreprise, du marché.

affirme Pierre Michon dans « Le roman comme superstition », un entretien avec Yaël Pachet paru en octobre 2000 dans la revue Esprit.

Écrire, pour Pierre Michon qui déclare souvent son admiration pour Flaubert, c’est avant tout un travail acharné sur la langue. Ses textes brefs et denses, son écriture profondément orale, s’apparentent souvent à de la poésie en prose. Ils sont marqués par un goût du lyrisme et de sa brisure, célébrant les vertiges conjugués de l’élan, parfois mystique, et de la chute.

Pour en savoir plus

Pour le découvrir davantage, des études critiques sont à votre disposition dans les salles H et V, et des articles sont disponibles en ligne, par exemple Pierre Michon — La Grande Beune, Trois auteurs et Abbés (Roman 20-50, 48, décembre 2009). De nombreux entretiens ont également été rassemblés dans Le Roi vient quand il veut : propos sur la littérature (2007). Voir aussi :

- Pierre Michon à la BnF,

- Pierre Michon sur France culture, avec notamment L’intégrale en 5 entretiens (2002),

- Pierre Michon chez Verdier, son principal éditeur

- et sur le site littéraire Remue.net.

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