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Année France-Colombie : hommage à Álvaro Mutis

12 septembre 2017

Première  Année  organisée  dans  un  pays  hispanophone,  et  la  deuxième  en  Amérique  du  Sud  après  le  Brésil,  l’Année  France-Colombie  2017 est  le  programme  de  coopération  le  plus  ambitieux  qui  ait  été  conclu  entre  les deux pays.

Plus de 700 événements sont organisés des deux côtés de l’Atlantique dans des domaines aussi variés que la culture, l’économie, la gastronomie, la recherche scientifique, l’enseignement supérieur, le sport et les nouvelles technologies. C’est l’occasion de rendre hommage à un écrivain majeur : Álvaro Mutis (1923-2013).

Álvaro Mutis Jaramillo est né à Bogotá le 25 août 1923 et mort à Mexico le 22 septembre 2013. Il passe ses premières années d’enfance entre Bruxelles et Paris où son père est diplomate. Durant cette période, la famille retourne en Colombie durant les vacances : époque fantastique où les voyages se font en transatlantique pour un long trajet entre Anvers et Buenaventura, ce qui laisse tout le temps d’apprécier la mer. La famille Mutis passe ses vacances dans une grosse ferme familiale de plantations de café et de canne à sucre appelée Coello, située dans les terres chaudes. À la mort soudaine de son père vers 1932, sa mère retourne définitivement en Colombie avec ses trois enfants.

Ses lectures de Joseph Conrad vont lui rappeler ses voyages d’enfant en paquebot et sa fascination pour la mer, pour l’aventure, pour le temps qui dure et ce contraste avec les Tropiques, terres brutales, confuses, miséreuses et en même temps merveilleuses, confiera-t-il. Herman Melville est un autre auteur qui va le fasciner et lui rappelle ces moments de l’enfance. Les lectures de ces deux auteurs vont inspirer le personnage de Maqroll le Gavier, protagoniste de son œuvre.

Francophone et francophile, les nombreuses références d’Álvaro Mutis à la littérature française sont bien connues : Proust, Apollinaire, Verlaine, Baudelaire, Valéry Larbaud et tant d’autres… Il aime Paris depuis l’âge de 7 ans, quand il venait avec sa mère pour rendre visite à sa grand-tante et son mari, couple issu de la bourgeoisie colombienne aisée. Il garde de ses voyages entre Bruxelles et Paris un souvenir de la gare du Nord, du jardin du Luxembourg, de la Seine… lieu qu’il considère comme l’âme de Paris. Mutis n’a jamais vécu dans cette ville en dépit d’un souhait qu’il eut toute sa vie.

Irréfléchie, toujours à contre-courant, toujours nuisible, toujours étrangère à ma véritable vocation, mon errance est sans remède. (La neige de l’amiral)

Álvaro Mutis publie son premier poème El miedo (La peur), dans le supplément dominical du quotidien colombien El Espectador. Le 8 avril 1948 un cahier de poèmes La Balanza (La Balance) est publié avec des poèmes de Carlos Patiño, le livre alternant les poèmes des deux écrivains. Le lendemain, le candidat à la présidence Jorge Eliecer Gaitán est assassiné, ce qui entraîne une révolte et un grand incendie qui ravage le centre-ville de Bogotá, dont les librairies où ce livre a été déposé. Quelques-uns de ces poèmes sont publiés en 1953 dans son livre Les éléments du désastre, dans une prestigieuse collection de la maison d’édition argentine Losada, dirigée par le poète espagnol Rafael Alberti. Álvaro Mutis émerge déjà comme l’un des représentants les plus importants, solides et originaux de la poésie latino-américaine.

En 1956, Mutis se voit obligé de quitter la Colombie pour le Mexique suite aux accusations de la multinationale Esso, pour laquelle il travaille alors en tant que responsable des relations publiques, accusé de malversations présumées des fonds culturels. Trois ans après il est arrêté et incarcéré dans la prison de Lecumberri – plus connue comme « Le palais noir » – menacé d’extradition vers la Colombie. Mutis écrit El diario de Lecumberri – Les carnets du palais noir – témoignage de son internement dans cette prison. Cette expérience douloureuse, dont il se souviendra comme d’une grande leçon, est largement évoquée dans la correspondance qu’il entretient avec Elena Poniatowska pendant cette période, publiée sous le titre de Lettres à Elena Poniatowska : témoignage émouvant des souffrances quotidiennes de la vie carcérale, de ses lectures et des visites de ses amis qui le réconfortent. Il tirera de cette épreuve « El cochambres », pièce de théâtre écrite et montée collectivement avec les prisonniers.

Ensuite viendront des recueils de poésie publiées au Mexique : Reseña de los hospitales de ultramar , Los trabajos perdidos, Summa de Magroll el Gaviero, paru en français sous le titre Et comme disait Magroll le Gaviero , Caravansary… et aussi des romans et nouvelles tels que La mansión de Araucaíma; La nieve del almirante traduit par La neige de l’amiral, prix Médicis étranger en 1989, Ilona llega con la lluvia traduit par Ilona vient avec la pluie, Un bel morir, La última escala del Tramp Steamer traduit par La dernière escale du Tramp Steamer, La muerte del estrategaAmirbar traduit par Écoute-moi, Amirbar, Abdul Bashur, soñador de navíos traduit par Abdul Bashur, le rêveur de navires et beaucoup d’autres … Tous les livres traduits en français ont été publiés chez Grasset. Deux de ces romans La mansión de Araucaíma et Ilona vient avec la pluie, ont été adaptés au cinéma.

Álvaro Mutis a été récompensé par de nombreux prix : en 1974 prix national des lettres de Colombie, en 1986 prix Xavier Villaurrutia au Mexique, en 1989 prix Médicis étranger et prix Roger Caillois en France, en 1997 prix Princesse des Asturies des lettres et Reine Sophia de poésie en Espagne et en 2001 le prix Cervantes, la plus haute consécration pour un écrivain du monde hispanique. En France il a été promu Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, en Espagne il a reçu la Grand-croix de l’ordre d’Alphonse X le Sage et au Mexique l’Ordre de l’Aigle aztèque. Depuis 2005 la bibliothèque de l’Institut Cervantes d’Istanbul porte son nom.

Quelques événements dans le cadre de l’année France-Colombie 2017

- Table ronde sur la littérature colombienne, samedi 30 septembre, de 17h30 à 18h30 dans le cadre du Festival Le monde en livres, Vo-Vf, la parole aux traducteurs, à Gif-sur-Yvette,

- Soirée dédiée à l’écrivain Pablo Montoya, jeudi 16 novembre à 19h au Colegio de España, Cité universitaire de Paris,

La Bibliothèque nationale de France organise le 5 octobre une journée consacrée au cinéma colombien en présence de réalisateurs. En novembre, dans le cadre du Mois du film documentaire, des documentaires colombiens seront projetés tous les lundis à 17h30. Une sélection d’ouvrages de littérature colombienne vous est également proposée dans la salle G.

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