Hommage

Centenaire de Mouloud Mammeri

18 octobre 2017


À l’occasion du centenaire de la naissance de Mouloud Mammeri,  la Bibliothèque nationale de France rend hommage à l’écrivain francophone mais aussi au linguiste, anthropologue et spécialiste de la langue et de la culture berbères.

Vous me faites le chantre de la culture berbère et c’est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l’enrichir, à la diversifier, et à ce titre je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer. (Réponse de Mouloud Mammeri au quotidien officiel El Moudjahid en 1980)

Mouloud Mammeri (« ⵎⵓⵍⵓⴸ ⴰⵝ ⵎⵄⴰⵎⴰⵔ » ou « Da Lmulud nath Maamer », en kabyle) est né en 1917 dans le village de Taourirt-Mimoun en Kabylie. Son père artisan, amin du village, est le représentant de la communauté et le gardien des coutumes.
Il passe son enfance entre l’Algérie et le Maroc (chez son oncle précepteur du sultan Mohammed V) où il découvre un monde étranger et ses codes : la culture occidentale. Adolescent, il poursuit ses études au Lycée Louis-le-Grand à Paris et entre à l’École normale supérieure.

À la fin de la guerre pour laquelle il est mobilisé en 1942, il prépare à Paris des études de lettres classiques ainsi que le concours de professorat de lettres. Il rentre en Algérie, en septembre 1947, pour enseigner et publie son premier roman, La Colline oubliée, en 1952.
Nommé en France aux prix Femina, Goncourt, Interallié et Renaudot, mais aussi en Algérie où il reçoit le prix des Quatre Jurys (Mammeri boycotte la distinction), ce roman est mal accueilli par certains militants nationalistes. Pour preuve un article intitulé « La Colline du reniement », publié dans le journal Le Jeune Musulman, du 2 janvier 1953.

Durant la guerre d’Algérie, Mammeri écrit des articles sous le pseudonyme de Brahim Bouakkaz pour l’Algérie insurgée : cela lui vaut d’être recherché par les parachutistes en 1957, en pleine bataille d’Alger. Il s’exile alors au Maroc, et ne revient en Algérie qu’au lendemain de l’indépendance.

De 1968 à 1972, il enseigne le berbère à l’université dans le cadre de la section d’ethnologie, la chaire de berbère ayant été supprimée en 1962, tout comme certaines matières, l’anthropologie par exemple, considérées alors comme des sciences coloniales.

Écrivain et chercheur, Mouloud Mammeri est également directeur, de 1969 à 1980, du Centre de recherche anthropologiques, préhistoriques et ethnologiques (CRAPE)  du Musée du Bardo à Alger.
À cette époque, entre séminaires et enquêtes de terrain, Mammeri conclut que les études sur la linguistique et la littérature doivent être liées à des études d’anthropologie sur la société algérienne. Il met au point la transcription du kabyle qui lui permit de publier un Lexique Français-Touareg (1967) ainsi qu’une Grammaire berbère (1976).

En 1982, avec l’aide de Pierre Bourdieu et de la Maison des sciences de l’homme (MSH), il fonde à Paris le Centre d’études et de recherches amazighes (CERAM), puis la revue Awal (La parole) en 1985, ainsi que les éditions du même nom qui publient Inna-yas Ccix Muhend (Cheikh Mohand a dit, 1989) à titre posthume. À Paris, il animera également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

En tant que romancier, l’œuvre littéraire, écrite en français, comprend outre La Colline oubliée : Le Sommeil du juste (1955), L’Opium et le bâton (1965) et La Traversée (1982).

Ses romans parcourent l’histoire de l’Algérie puisque dans la Colline oubliée, Mammeri évoque la vie de Tasga, petit village de Kabylie, pendant la Seconde Guerre mondiale ; dans Le Sommeil du juste, l’écrivain  traite des désillusions des jeunes élites maghrébines ; puis dans L’Opium et le bâton, il décrit encore un village kabyle mais cette fois ci dans la tourmente de la guerre d’indépendance ; et enfin, dans La Traversée, il traite du désenchantement et des désillusions dans l’Algérie indépendante.

L’Opium et le bâton, puis La Colline oubliée ont été adaptés à l’écran. Il a aussi composé pour le théâtre avec Le Banquet, précédé de La Mort absurde des Aztèques (1973), et Le Foehn ou la Preuve par neuf, écrit en 1962 et créé en 1967 en français au Théâtre national algérien dans une mise en scène de Jean-Marie Boëglin.

En tant que chercheur, Mouloud Mammeri souhaitait défendre la culture berbère et lui donner « les moyens d’un plein développement » pour « qu’un jour la culture de (ses) pères vole d’elle-même » ;  il rejetait l’idée qu’elle puisse être « une culture de réserve indienne ou une activité marginale, plus tolérée qu’admise ». Il a ainsi écrit un grand nombre d’articles, de conférences et d’interviews pour la valorisation de la langue berbère. Il a également établi le texte berbère et sa traduction en français pour des poèmes kabyles Isefra de Si Mohand ou M’hand (1969), Tajerrumt n tmazight (1976) et Poèmes kabyles anciens (1980) ; il a publié L’Ahellil du Gourara (1985), un recueil de poèmes et de chants berbères du Sahara oranais, ainsi que deux recueils de contes berbères : Machacho ! et Tellem Chaho !, (1980). Après sa mort, des nouvelles sont réunies dans un recueil, Escales (1991).

Figure emblématique de la défense de la langue et littérature kabyles, il a dû affronter plusieurs fois les autorités algériennes, qui interdisent dès 1973 l’enseignement du berbère à l’université, et plus particulièrement une de ses conférences sur la poésie kabyle ancienne à l’université de Tizi Ouzou, en 1980, interdiction qui fut d’ailleurs à l’origine des événements du Printemps berbère.

Mouloud Mammeri meurt le soir du 26 février 1989 des suites d’un accident de voiture, à son retour d’un colloque d’Oujda, au Maroc, sur l’amazighité. Il est inhumé à Taourirt Mimoun en Kabylie : plus de 200 000 personnes assistent à son enterrement.

En 1993, l’écrivain a fait l’objet d’un hommage intitulé Littérature et oralité au Maghreb, ouvrage publié en partenariat par l’Université d’Alger et l’Université Paris-Nord.  D’autre part, une  bio-bibliographie fut publiée en 2010 sous le titre Mouloud Mammeri Amusnaw.

Peggy Errebei

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