Choix du bibliothécaire

Les pépites littéraires de la collection Les Orpailleurs

28 octobre 2017

La collection Les Orpailleurs, avec laquelle les éditions de la Bibliothèque nationale de France se lancent dans la littérature, vient de publier ses trois premières « pépites littéraires », des classiques de la première science-fiction française, que nous présente leur éditeur intellectuel, Roger Musnik :

Jusqu’ici, et à l’exception de la réédition d’ouvrages anciens pour la jeunesse, les éditions de la BnF  publiaient surtout les catalogues des expositions réalisées par l’établissement, des ouvrages techniques et bibliographiques sur ses fonds, des manuels de formation professionnelle, des études sur le monde du livre et de l’édition, des publications de colloques ou des beaux livres sur des sujets divers et variés.

La BnF a donc décidé de se lancer à son tour dans le roman. Mais à sa façon, c’est-à-dire en respectant sa mission qui est celle d’un établissement patrimonial : faire (re)découvrir la littérature française à un nouveau public. Il n’y aura donc pas d’inédits, de découverte et promotion de jeunes écrivains : ce n’est pas son rôle et elle laisse ce travail de prospection et de recherche à l’édition classique (et moderne, voire virtuelle).

Elle a également décidé d’investir un genre où on ne l’attendait peut-être pas : la science-fiction. Car on sait peu qu’il y a eu en France, en dehors de Jules Verne, tout un courant qu’on appelait généralement « anticipation » (le mot science-fiction, d’origine américaine, n’apparait dans notre pays qu’au début des années cinquante), ou encore « merveilleux scientifique », terme théorisé par l’écrivain Maurice Renard en 1909. Ce fut une production importante (un spécialiste a compté environ 3 000 romans publiés entre 1862 et 1940) : ce domaine n’a jamais été reconnu en tant que genre à l’époque où on n’y voyait qu’une simple thématique parmi d’autres, ignorée généralement par le monde littéraire. Et ce courant important, oublié, a eu ses caractéristiques propres, qui ont disparu avec l’arrivée de la science-fiction américaine après la Seconde Guerre mondiale.

Cette nouvelle collection, les Orpailleurs, entend, comme les chercheurs d’or anciens ou actuels, retrouver quelques pépites du temps jadis pour les faire partager à un public amateur de littérature populaire, de science-fiction, ou simplement curieux de romans français. Elle s’inscrit aussi dans un courant plus général, initié jadis par Gérard Klein, et plus récemment par des auteurs et essayistes comme Serge Lehman, qui est à la recherche de racines intellectuelles d’un genre original et passionnant.

Les Orpailleurs commencent par trois romans : Le Chalet dans les airs (1925) est le dernier texte écrit par l’illustrateur et satiriste Albert Robida, le survol dans quelques siècles par un érudit et ses neveux d’une Terre en mauvais état en train d’être « retapée », livre à la fois critique mais néanmoins optimiste et souriant sur la mécanisation du monde.

L’Énigme de Givreuse (1917) de J.-H. Rosny aîné, un des grands auteurs d’anticipation français, plus connu du grand public pour sa Guerre du feu, traite du thème fantastique du double en le rationalisant.

Quant à La Grande Panne (1930) de Théo Varlet, elle est provoquée par l’arrivée sur Terre d’une substance végétale qui se nourrit d’électricité ; et petit à petit, la société s’éteint.

Ces livres, qui se situent en partie du côté de la littérature populaire, ne sont pas exempts de défauts, car même les chefs-d’œuvre en possèdent : leurs fils narratifs sont parfois éculés et leur style désuet. Mais quelle fraicheur dans l’invention, la prospective, l’imagination débordante … Trois autres volumes sont prévus pour 2018. Et au-delà, si le succès est au rendez-vous.

Roger Musnik

Concernant Albert Robida, lire aussi le billet de Philippe Ethuin, créateur du site ArchéoSF et directeur de la collection du même nom aux éditions publie.net. Sur l’anticipation du début du siècle dernier, on peut également consulter deux autres blogs : Le Chasseur de chimères et Sur l’autre face du monde.

Et de Roger Musnik, ancien bibliothécaire à la BnF, spécialiste de la littérature de genre (roman policier et science-fiction) et de la littérature populaire du XIXe siècle, on peut lire aussi, dans le blog Gallica, une riche et surprenante série de billets consacrés aux romanciers populaires du XIXe, ainsi qu’une bibliographie sur Jules Verne et le « roman scientifique » de son temps.

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