Choix du bibliothécaire, Expositions

Paysages de la littérature française contemporaine

13 novembre 2017

Pour prolonger par des lectures l’exposition Paysages français. Une aventure photographique (1984-2017), nous vous proposons dans la salle H de découvrir comment la littérature française contemporaine s’empare elle aussi de cette notion de paysage, pour évoquer souvent des paysages urbains ou suburbains.

À l’ouverture du catalogue de l’exposition, après l’introduction des commissaires de l’exposition, Raphaële Bertho et Héloïse Conésa, deux écrivains, Bruce Bégout et François Bon ont rédigé quelques pages pour évoquer le paysage ordinaire et le paysage urbain à partir duquel ils ont eux aussi en partie construit leur œuvre.

tout autour de nous, de tels paysages ordinaires, voire infra-ordinaires, existent, se forment (…) se déploient sur le territoire au point d’être devenus, depuis une trentaine d’années, le sujet d’intérêt constant des écrivains, des artistes et des géographes. » (Bruce Bégout, « Approches de nulle part. Réflexions sur le paysage ordinaire »)

François Bon et Bruce Bégout figurent en bonne place dans la présentation proposée dans la salle H, avec par exemple Paysage fer (1999) et Suburbia (2013). Mais de nombreux autres écrivain·e·s contemporain·e·s s’emparent de cette thématique.

Certain·e·s sont aussi photographes, comme Michel Houellebecq, auteur de La Carte et le territoire (2010), qui a également exposé l’an dernier au Palais de Tokyo ses photographies de paysages très divers, ou encore Édouard Levé, qui dans Reconstitutions ; Angoisse (2008) confère à des photographies banales de villages ruraux une charge émotionnelle intense.

Nos photographies, qu’on les voie ou qu’on les rêve, c’est pareil. La ville est dans nos têtes comme nos corps marchent dans la ville. (François Bon, « Hommage, apogée et clôture de la photographie urbaine »)

D’autres déambulent dans les villes et leur périphérie à la recherche de l’infra-ordinaire : exploration de Paris sur les traces de l’œuvre et de la vie d’Agnès Varda dans Décor Daguerre (2017) d’Anne Savelli, enquête sur les immeubles insalubres dans L’Inhabitable (2016) de Joy Sorman ; parcours périphériques dans La Clôture (2001) de Jean Rolin ou zones blanches dans Un livre blanc (2007) de Philippe Vasset, auteur aussi de Carte muette (2004) ; lotissements de banlieue dans Comment faire disparaître la terre ? (2006) d’Emmanuelle Pireyre, exploration poétique de la laideur par l’oulipien Ian Monk dans Plouk town (2007), risques et beautés cachées des paysages industriels dans Somaland (2012) d’Éric Chauvier. Certain·e·s se livrent à une analyse presque anthropologique de l’état des choses comme Aurélien Bellanger avec L’Aménagement du territoire (2014) ; d’autres basculent dans les paysages virtuels construits par les jeux vidéos comme Chloé Delaume avec Corpus Simsi : incarnation virtuellement temporaire (2003).

Un certain nombre d’essais critiques rendent compte de cette tendance forte de la littérature contemporaine, avec l’école géocritique et les études de Bertrand Westphal, de La géocritique : réel, fiction, espace (2007) à La cage des méridiens : la littérature et l’art contemporain face à la globalisation (2016) ou des études consacrées aux nouveaux paysages urbains et suburbains de la littérature : Territoires et terres d’histoires : perspectives, horizons, jardins secrets dans la littérature française d’aujourd’hui (2005), Ville infectée, ville déshumanisée (2014) ou encore Zone indécise : périphéries urbaines et voyage de proximité dans la littérature contemporaine (2014).

Écrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir. Gilles Deleuze ; Félix Guattari. Mille plateaux

Cette exploration de la littérature contemporaine peut d’ailleurs être prolongée hors du livre, dans la littérature en ligne. Sur leurs sites et blogs les auteur·e·s mêlent photos, animations, cartes et vidéos à leurs textes pour mieux cartographier les paysages d’aujourd’hui. Pour n’en citer que quelques uns, on pourra consulter bien sûr le monumental Tiers livre et les vidéos de François Bon, se perdre dans GEnove de Benoît Vincent, qui a donné lieu à un livre en 2017, explorer le Montparnasse-Monde de Martine Sonnet, qui lui aussi est devenu un livre en 2011. Liminaire de Pierre Ménard propose une multitude de promenades littéraires ; le site collectif Oloé du monde entier cartographie des endroits où lire où écrire ; Étant donnée de Cécile Portier explore le paysage comme un personnage, et inversement. Quant à Olivier Hodasava, il se livre depuis plusieurs années dans Dreamlands à de passionnants voyages virtuels dans les images de Google street view.

À voir aussi

Dans la salle F, des livres de photographies sont également présentés, en lien avec cette exposition. On peut y lire ou feuilleter par exemple : La France de Raymond Depardon, catalogue de l’exposition BnF, 30 septembre 2010-9 janvier 2011, France de Marguerite Duras (texte) et Janne Niepce (photographies) (1992), ou La Mission photographique de la DATAR : un laboratoire du paysage contemporain (2013) coordonné par Raphaële Bertho.

Enfin une sélection de cinéma documentaire est à découvrir sur les écrans audiovisuels de toutes les salles de lecture du Haut-de-jardin : Les habitants : une géographie (photo)sensible de la France.

En savoir plus

- Exposition Paysages français. Une aventure photographique (1984-2017)
- Événements liés
- Catalogue de l’exposition
- Exposition virtuelle

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