Ailleurs, Choix du bibliothécaire

Pour prolonger l’exposition Irving Penn

26 décembre 2017

© Rmn-Grand Palais, Paris 2017

Le Grand Palais, en partenariat avec le Metropolitan museum of art de New York, consacre jusqu’au 29 janvier 2018 une grande exposition au photographe américain Irving Penn (1917-2009). C’est l’occasion pour les lecteurs qui le souhaitent de venir préparer ou approfondir leur visite dans les collections de la salle F du Haut-de-jardin dont les ouvrages sur l’œuvre de l’artiste seront mis en avant.

Cette rétrospective très complète permet de voir plus de deux cents tirages originaux du photographe : mode, natures mortes, portraits ou séries à vocation documentaire, tous les domaines dans lequel il s’est illustré sont représentés.

Après une formation artistique, Irving Penn débute comme graphiste au magazine Harper’s Bazaar dirigé à l’époque par son ami et mentor Alexey Brodovitch. Il se consacre par la suite à la photographie après avoir été repéré par Alexander Liberman, directeur artistique emblématique du Vogue américain. Il y devient un des photographes incontournables de cette revue – il est à l’origine de cent-soixante-cinq couvertures en soixante ans de carrière ! Sa production est marquée par sa formation initiale et fait de lui un photographe aux connaissances artistiques pointues. On peut déceler des références à l’histoire de l’art dans toute son œuvre. Ombres, jeux typographiques ou déformations, ses premières réalisations sont très influencées par le surréalisme. Plus tard, ses nus rappellent les corps volumineux des œuvres de Matisses ou les sculptures de Jean Arp.

Truman Capote © The Irving Penn Foundation

Truman Capote © The Irving Penn Foundation

Connu pour ses séries de mode et ses portraits de célébrités, son travail sobre et élégant se caractérise par une prise de vue dépouillée en studio mais également par le soin qu’il apporte à ses tirages ; la qualité des photographies exposées est là pour en témoigner. Usant du même décor, un vieux rideau de théâtre gris-vert qu’on peut voir dans le parcours de l’exposition, il place ses modèles devant ; libre à eux de composer avec cet espace peu accueillant. Cette composition minimaliste, parfois radicale, qui rompt avec les mises en scène chargées de ses contemporains, comme Cecil Beaton, deviendra sa signature. C’est devant ce rideau décati que sont photographiés les Portraits existentiels (1947-1948). Cette série de photos pour Vogue convie des célébrités de l’époque (Alfred Hitchcock, Truman Capote, Marcel Duchamps ou encore Le Corbusier) à poser dans son studio. Certains s’accommoderont mieux que d’autres de l’austérité de son dispositif.

Cuzco Children © Condé Nast

Cuzco Children © Condé Nast

En 1948, envoyé par Vogue à Lima au Pérou, il décide de prolonger son séjour seul à Cuzco. Sur place, il loue un studio à un photographe local et décide de le laisser ouvert aux passants qui acceptent de prendre la pose, puis il les rémunère. Ces photographies au caractère pittoresque témoignent d’une vie simple et de la fierté des gens devant son objectif. Ces images de villageois à Cuzco posent les bases esthétiques de ses séries dites « ethnographiques », telles les Petits métiers photographiés à Londres, Paris ou New York au début des années 50. Ici, Penn, entre deux séries mode, fait défiler devant son objectif marchands ambulants, serveurs ou encore balayeurs. Ces hommes immortalisés dans leur tenue de travail sont la trace de métiers pour la plupart disparus et nous rappellent la collecte d’Eugène Atget à la fin du XIXe siècle à Paris. Ce même travail sera entrepris au Dahomey, actuel Bénin, de 1967 à 1971.

Nu No. 72 © The Irving Penn Foundation

Nu No. 72 © The Irving Penn Foundation

Son œuvre au style classique et éternel rapidement identifiable ne l’empêche pas de faire des recherches formelles. Les photographies de Nus qu’il propose sont constituées de gros plans de corps laiteux et plantureux très éloignés des canons de la presse féminine pour laquelle il travaille et dont il semble se lasser. Ces recherches esthétiques ne rencontrent pas l’adhésion de ses contemporains et ne seront publiées qu’à la marge.

Still Life with Watermelon © Condé Nast

Still Life with Watermelon © Condé Nast

Enfin, ses Natures Mortes aux compositions savamment soignées, parfois narratives nous rappellent la peinture des maîtres hollandais du XVIIe siècle et revêtent à la fin de sa vie la forme de vanités.  La série des Cigarettes, un travail entamé à la mort d’Alexey Brodovitch, décédé des suites d’un cancer illustrent la société consumériste américaine. Ces mégots ramassés dans les rues de New York tirés dans un format monumental aux caractéristiques plastiques indéniables nous plongent dans une réflexion sur la finitude de la vie.

Cigarette No. 37 © The Irving Penn Foundation

Cigarette No. 37 © The Irving Penn Foundation

Pour en savoir plus

- Exposition Irving Penn, jusqu’au 29 Janvier 2018 Paris, Grand Palais, Galeries nationales

- Catalogue de l’exposition Irving Penn : le centenaire, Paris, RMN- Grand Palais, 2017

- Fondation Irving Penn

- Irving Penn à la BnF

Partager ce billet
  • TwitThis
  • Facebook
  • E-mail this story to a friend!
  • Print this article!
  • LinkedIn
Adresse du rétrolien (trackback) pour ce billet :
http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2017/12/pour-prolonger-lexposition-irving-penn/trackback/

 

Laissez un commentaire



Pas d'URL (adresse de site web) ou alors sans le http, pour cause de spam.