Hommage

Hommage à Paul Otchakovsky-Laurens

5 janvier 2018

Disparu le 2 janvier 2018 dans un accident de voiture, Paul Otchakovsky-Laurens a marqué l’histoire récente de l’édition française. Né le 10 octobre 1944, il est le fils du peintre Zelman Otchakovsky, décédé trois mois après la naissance de son fils. Il porte également le nom d’une cousine de sa mère, Berthe Laurens, qui l’a adopté alors qu’il était enfant.

Stagiaire puis lecteur chez Christian Bourgois en 1969, Paul Otchakovsky-Laurens entre chez Flammarion en 1970, également comme lecteur. Il y crée en 1973 la collection « Textes » qu’il dirige jusqu’en 1977. Cette année-là, il quitte Flammarion pour Hachette où il crée la collection P.O.L. – ses initiales –, et édite un an plus tard La Vie mode d’emploi de Georges Perec. La collection est alors devenue un département au sein de Hachette.

En 1983, P.O.L. devient une maison d’édition indépendante. Son logo représente une figure du jeu de go décrite dans La Vie mode d’emploi, en hommage à Georges Perec décédé un an plus tôt.

En 1985, Marguerite Duras, qui dirige la collection « Outside » chez P.O.L. offre à la jeune maison d’édition son premier succès en lui confiant la publication de La Douleur. Curieux infatigable, Paul Otchakovsky-Laurens mènera toute sa vie une politique éditoriale caractérisée par son audace, sa clairvoyance et un haut degré d’exigence.

« La frontière ne se situe pas entre les livres difficiles et ceux qui s’adressent au plus grand nombre, mais entre les bons et les mauvais livres » confiait-t-il à Livres Hebdo en 1982.

L’éditeur

Fort de cette vision du métier d’éditeur, il publie aussi bien des romans policiers, réputés faciles à lire, que des œuvres plus complexes comme celles de Charles Juliet, Christian Prigent, Olivier Cadiot ou Leslie Kaplan. Il diversifie également les genres, en publiant des essais et des documents (par exemple des textes non romanesques de Duras) ainsi que des recueils de poésie : Pierre Alferi, Liliane Giraudon, Michelle Grangaud, Jacques Jouet, Nathalie Quintane ou Christophe Tarkos.

Le succès des éditions P.O.L. tient peut-être à cette passion et à cette soif de découverte : Paul Otchakovsky-Laurens ne s’est jamais lassé de défricher des terres nouvelles, donnant ainsi leur chance à des auteurs alors inconnus tels que Marie Darrieussecq, Camille Laurens ou Emmanuel Carrère ou encore plus récemment Célia Houdart, Joël Baqué, Nina Yargekov.

Au fil des ans, de nombreux prix ont récompensé ces prises de risque, parmi lesquels le prix Femina et le prix du Livre inter en 1986 pour L’Enfer de René Belletto, le prix Femina en 1997 pour Truismes de Marie Darrieussecq, le prix du Livre inter en 1998 pour La Maladie de Sachs de Martin Winckler, le prix Femina de nouveau en 2000 pour Dans ces bras-là de Camille Laurens, le Goncourt en 2008 pour Syngué Sabour. Pierre de patience d’Atiq Rahimi, le Prix Renaudot en 2011 pour Limonov d’Emmanuel Carrère, le prix Médicis pour Titus n’aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai en 2015, ou le prix de Flore en 2016 pour Double nationalité de Nina Yargekov.

Le cinéphile

L’éclectisme de Paul Otchakovsky-Laurens se manifeste aussi dans son goût pour le cinéma. Dès les années 1960, il participe à des revues (Jeune Cinéma, Téléciné) et soutient la revue Positif dans les années 1990. Entre 1996 et 2005, P.O.L. publie la Lettre du cinéma, et depuis 1991 la revue Trafic. Paul Otchakovsky-Laurens préside par ailleurs la commission d’Avance sur recettes au Centre national du cinéma et l’image animée (CNC) de 2011 à 2013 ainsi que le Festival international de cinéma de Marseille.

Paul Otchakovsky-Laurens a également réalisé deux films documentaires à caractère autobiographique : Sablé-sur-Sarthe, Sarthe (2007), dans lequel il revient sur son enfance et Éditeur (2017), une réflexion sur son métier.

Paul Otchakovsky-Laurens a reçu deux distinctions nationales : il était Officier de la légion d’honneur et Commandeur des Arts et des Lettres.

Pour en savoir plus

- Paul Otchakovsky-Laurens à la BnF

- Tous les livres édités par P.O.L. disponibles en libre-accès dans les salles H et G du Haut-de-jardin

- le site des édition P.O.L.

Quelques autres hommages à lire en ligne

- « Paul Otchakovsky-Laurens vous donnait l’impression que vous étiez unique et ça, c’est pour la vie ». Hommages de quelques écrivains dans Libération.

- Christian Prigent dans Libr-critique

- Hommage de Martin Winckler sur son blog

- « si nous étions sa voix, alors il était ce souffle qui nous donnait vie », par Patrick Varetz dans Diacritik

- « Paul Otchakovsky-Laurens ou la littérature, mode d’emploi », par Johan Faerber dans Diacritik

- « La Disparition » par Cécile Dutheil pour En attendant Nadeau

- « C’est l’interdiction de parler, étant adolescent, qui m’a poussé vers ce métier, où des gens, des écrivains parlent pour vous. » POL s’autoédite sur France Culture

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