Hommage

Décès de Philip Roth, un géant du roman américain

23 mai 2018

Entré depuis peu dans « La Pléiade », l’écrivain new-yorkais Philip Roth, s’est éteint le mardi 22 mai 2018 à l’âge de 85 ans, six ans après avoir cessé son activité littéraire, laissant derrière lui une quantité impressionnante de récits, nouvelles et romans.

Un enfant d’immigré juif new-yorkais

Né en 1933 à Newark dans le New Jersey dans une famille d’immigrés juifs, Philip Roth s’est consacré dès 1960 à l’écriture et croque avec verve son quartier avant de s’essayer à la satire politique dans les années 1970 (Our gang, 1971; The Plot against America, 2004). Avec ses satires crues et ses portraits vitriolés des mœurs de la petite bourgeoisie juive américaine, Roth impose un style où se croisent l’humour et l’autofiction, jouant avec son double imaginaire : Nathan Zuckerman (My Life as a man, 1974 ; The Ghost Writer, 1979 ; Zuckerman Unbound, 1981 ; The Anatomy Lesson, 1983).

Un style controversé

S’il fut controversé à ses débuts, notamment avec la publication de Portnoy’s Complaint (1969), monologue d’un jeune avocat juif sur le divan de son psychanalyste, décrivant de manière acerbe le côté sombre de l’Amérique et racontant sa vie sexuelle dans les moindres détails, l’écrivain a su s’inscrire parmi les grands romanciers juifs américains du XXe siècle, auprès de Saul Bellow et de Bernard Malamud. Questionnant l’identité à travers des doubles fictionnels, parodiant Kafka dans The Breast (1972), dans lequel un professeur de littérature se transforme en attribut féminin, Roth n’a de cesse de revisiter ses pulsions sexuelles et son besoin d’émancipation dans The Professor of Desire (1977), d’écrire autour du vieillissement (Everyman, 2006 ; The Humbling, 2009) ou de tenter de percer la réalité à travers ses récits témoignant du poids de l’Histoire.

Une reconnaissance internationale

S’interrogeant sur la sexualité, souvent décrite de manière très crue, sur l’imaginaire masculin et sur le poids de l’héritage culturel, Philip Roth acquiert une solide place dans le paysage littéraire américain qui lui offre une reconnaissance internationale et l’attribution de nombreux prix, dont le National Book Award en 1960 pour Portnoy’s Complaint, le prix Pultizer en 1998 pour American Pastoral et le PEN/Faulkner Award pour The Human Stain (2000). Dans son roman le plus connu, American Pastoral (1997), l’auteur croise une réflexion sur la crise de la gauche américaine et sur l’histoire des immigrés juifs originaires d’Europe de l’Est. Depuis 2012, après la parution de Nemesis (2010), il avait cessé ses activités littéraires, déclarant au New York Times :

« Je n’ai plus l’énergie pour supporter la frustration. Écrire est une frustration quotidienne, et je ne parle pas de l’humiliation ».

Pour aller plus loin

- Philip Roth à la BnF

- Les romans de Philip Roth disponibles en libre-accès dans la salle G du Haut-de-jardin

- Philip Roth sur France Culture.

D’autres hommages à lire en ligne

- «  Grâce au roman, Philip Roth s’élevait au-dessus de ses propres engagements », l’hommage d’Alain Finkielkraut dans Le Monde

- « Pourquoi ne pas être drôle dans un livre ? », rencontre entre l’écrivain Marc Weitzmann et Philip Roth

- Portrait de Philip Roth par Josyane Savigneau

Illustration : Philip Roth à Newark © Bob Peterson/The LIFE Images Collection/Getty Images

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