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Pour prolonger l’exposition Mary Cassatt (1844-1926)

17 mai 2018

Le musée Jacquemart-André propose jusqu’au 23 juillet 2018 l’exposition Mary Cassatt : une impressionniste américaine à Paris ; c’est l’occasion pour les lecteurs qui le souhaitent de venir préparer ou approfondir leur visite dans les collections du Haut-de-jardin dont les ouvrages sur l’œuvre de l’artiste seront mis en avant sur les cimaises de la salle F.

Cette rétrospective met à l’honneur le travail de Mary Cassatt (1844-1926), seule artiste américaine associée au mouvement des impressionnistes. Moins connue du grand public que Berthe Morisot, l’autre figure féminine du mouvement, cette exposition permet de redécouvrir une artiste qui connut la célébrité de son vivant et œuvra pour la reconnaissance des avant-gardes européennes outre-Atlantique. Ayant des origines françaises et également issue d’une famille très aisée, Mary eut l’occasion très tôt dans sa jeunesse de faire de nombreux voyages en Europe où elle passa du temps à copier les maîtres anciens du vieux continent. Après plusieurs allers-retours entre les États-Unis et la France, elle s’installa définitivement en France en 1871 où elle passa près de soixante ans de sa vie. Par la suite, ses parents et sa sœur Lydia la rejoignent.

Petite fille dans un fauteuil bleu, vers 1877-1878, huile sur toile, 89,5 x 129,8 cm, Inv. 1983.1.18, National Gallery of Art, Washington, Collection of Mr. and Mrs. Paul Mellon © Courtesy National Gallery of Art, Washington

Malgré une formation académique aux Beaux-arts - elle suit les cours de Jean-Léon Gérôme entre autres - le style de Mary Cassatt épouse très rapidement celui des avant-gardes de l’époque. Dès 1877, elle se lie d’amitié avec Edgar Degas qui l’introduit auprès du groupe des impressionnistes. Parcourant les musées, les expositions d’art moderne et les ateliers d’autres artistes, Mary Cassatt s’approprie les codes de la modernité de l’époque et des impressionnistes en particulier : le rôle prépondérant de la lumière, une touche vive et enlevée, le goût pour l’inachevé. Elle adopte aussi très rapidement les sujets de la vie quotidienne, chers aux impressionnistes, comme thème de ses tableaux. Sa famille devient un de ses sujets de prédilection. Le tableau La tasse de thé recueille ainsi les louanges des critiques de l’époque. On peut y voir son élégante sœur Lydia représentée dans un chatoiement de couleurs complémentaires, adoptant une posture très parisienne. Mary Cassatt se révèle être une grande portraitiste qui porte un regard nouveau sur les femmes et la maternité.

La Tasse de thé, vers 1880-1881, huile sur toile, 92,4 x 65,4 cm, Inv. 22.16.1, New York, The Metropolitan Museum of Art, From the Collection of James Stillman, Gift of Dr. Ernest G. Stillman, 1922 © Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

Dès les années 1880, Mary se passionne pour le sujet de la « mère à l’enfant », le marchand d’art Paul Durand-Ruel dont elle était proche en fit d’ailleurs le cœur des expositions qu’il lui consacra. Aujourd’hui ce thème est indissociablement lié à l’art de Cassatt. Variant sur les poses, en privilégiant des sujets touchants à l’intimité féminine, ses représentations empreintes d’un grand naturel se déclinent dans une palette claire, avec la touche impressionniste de l’époque tout en dégageant une certaine tendresse.

Bébé dans un costume bleu, regardant par dessus l‘épaule de sa mère, vers 1883-1885, huile sur toile, 72,87 x 59,85 cm, Inv. CAM 1928.222, Cincinnati Art Museum, John J. Emery Fund © Cincinnati Art Museum

Douée d’une grande technicité et avide de nouveaux procédés de création, elle travaille autant la peinture à l’huile que les pastels et démontre une grande habilité en tant que graveuse. Ayant découvert, les estampes japonaises lors de la visite de l’exposition à l’École des Beaux-arts de Paris en 1900,  elle développe une esthétique japonisante à partir de techniques de gravures occidentales (mélange de pointe sèche et d’aquatinte). On y retrouve l’aspect inachevé, le goût des couleurs et des moments d’intimité du quotidien. Et comme les japonais, Cassatt privilégie la finesse du trait et élimine les détails superflus.

La Toilette, 1890-1891, pointe sèche et aquatinte, 36,5 x 27 cm, collection particulère © Courtesy Marc Rosen Fine Art and Adelson Galleries, New York

Faisant fi des conventions de son époque, la modernité de Mary Cassatt s’exprima autant dans ses choix de vie ; elle quitte son pays natal pour s’installer à Paris où elle vécut loin de la bohème de ses amis artistes, sans mari et sans enfant, que dans son parcours artistique ; elle choisit de se confronter aux artistes avant-gardistes de son temps et fût toujours à l’affût de nouvelles expérimentations. Elle n’hésita pas non plus à promouvoir l’art moderne européen aux États-Unis par le biais de son frère, Alexander, resté au pays. Suivant ses conseils avisés sa famille très fortunée et son entourage composé de riches collectionneurs ou marchands d’art achetèrent très tôt les futurs chefs-d’œuvre impressionnistes que l’on peut admirer de nos jours dans les musées américains. Enfin, si les sujets qu’elle déclina dans son œuvre sont, pour nous aujourd’hui, moins féministes que féminins, cela lui permit tout de même de trouver sa place dans un environnement artistique dominé par les hommes en abordant des thèmes classiques sous un angle novateur.

Pour en savoir plus

Mary Cassatt : une impressionniste américaine à Paris au musée Jacquemart-André jusqu’au 23 juillet 2018

Mary Cassatt dans les collections de la BnF

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