Choix du bibliothécaire, Hommage

Bicentenaire de la naissance d’Emily Jane Brontë

13 juillet 2018

Née dans un village du Yorkshire le 30 juillet 1818, Emily Jane Brontë passa la majeure partie de son existence dans un presbytère isolé dans les landes. Élevée par son père pasteur et sa tante Elizabeth Branwell, venue après la mort de sa mère en 1821, Emily découvre dès l’enfance l’écriture collective à travers des jeux de rôle avec son frère Branwell et ses sœurs Charlotte et Anne.

Le pays qu’ils inventent a pour décor une Afrique rêvée, qu’ils peuplent de personnages inspirés de l’histoire et de la politique. Ces récits du pays de Gondal mêlent poèmes, drames et récits d’expéditions qui composent une palette d’écrits variés, les initiant au métier d’écrivain.

Une vie d’écriture

C’est à sa sœur Charlotte qu’Emily doit sa première publication de poèmes dans un recueil collectif publié à compte d’auteur sous le nom de plume Ellis Bell. Celui-ci ne rencontre pas le succès mais ne décourage pas les trois sœurs, qui ont signé leurs poèmes sous les noms de Currer, Ellis et Acton Bell. Chacune d’elle se lancera dans la rédaction d’un roman.

Emily publie ainsi Wuthering Heights en 1847, qui fit scandale dès sa parution, tant la violence des passions et son langage cru heurtèrent les critiques. Toutefois, le public ne démentira pas sa fascination pour une sombre histoire d’amour entre Catherine Earnshaw et Heathcliff, enfant recueilli par le père de Catherine. De nombreux critiques pensaient qu’il s’agissait de l’œuvre d’un jeune écrivain ou d’un roman peu réussi de Charlotte, dont le succès de Jane Eyre faisait d’elle une personnalité du monde littéraire londonien. Parallèlement, Anne publiait également en 1847 un roman plus réaliste : The Tenant of Wildfell Hall.

Wuthering Heights : la mise en scène des passions

Ces phénomènes littéraires que furent les sœurs Brontë, Emily (1818-1848), Charlotte (1816-1855) et Anne (1820-1849), provoquèrent des confusions autours de leurs œuvres en raison du choix de leurs pseudonymes. Rien de surprenant dans ce choix qui avait pour but de masquer leurs identités féminines dans un monde éditorial patriarcal. En effet, les romans des sœurs Brontë révolutionnèrent les conventions de l’écriture féminine dans l’Angleterre du milieu du XIXème siècle. Publiés à quelques mois d’intervalle, Jane Eyre, de Charlotte Brontë, Wuthering Heights d’Emily Brontë et Agnes Grey d’Anne Brontë firent sensation, avec leur cadre situé dans le nord de l’Angleterre, la mise en scène exacerbée des passions et le rôle nouveau accordé à des héroïnes luttant pour être reconnues comme les égales des personnages masculins. Il fallut attendre 1850, soit deux ans après le décès d’Emily, pour que Charlotte Brontë tente de réconcilier le public avec l’œuvre de sa sœur en rédigeant une préface, dans laquelle elle décrivait sa vie simple menée dans le Yorkshire :

« Est-il bien, est-il recommandable de créer des êtres comme Heathcliff, je n’en sais rien : je ne le crois guère. Mais je sais ceci ; que l’écrivain qui a un don créateur possède quelque chose dont il n’est pas tout à fait maître - une force qui, parfois, a une étrange volonté et activité propre. »

illustrations : Recueil. Les Hauts de Hurlevent, film de William Wyler d’après Emily Brontë, 1939

Pour aller plus loin

Retrouver une sélection de livres et une bibliographie dans la salle G

Lire Emily Brontë à la BnF

Feuilleter les manuscrits d’Emily Brontë

S’immerger dans l’univers des sœurs Brontë

Et lire les billets de la série « Femmes de lettres anglaises » dans le blog Gallica :
1. Terreurs gothiques chez Ann Radcliffe
2. Mary Shelley et le mythe de la création
3. Jane Austen et l’exaltation des sentiments
4. Charlotte Brontë, la passion et l’écriture
5. L’imagination féminine des romans de Fanny Burney
6. L’engagement social d’Elizabeth Gaskell
7. Emily Brontë en France.

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