Hommage

Hommage à Thérèse Kleindienst (1916-2018)

13 juillet 2018

Thérèse Kleindienst lors de ses adieux au Centre de Sablé de la BnF, le 17 octobre 1984. « Le château de Sablé, 1979-1984 » © collection privée

Thérèse Kleindienst, archiviste paléographe, conservateur en chef et secrétaire générale de la Bibliothèque nationale de 1963 à 1984, vient de mourir, dans la nuit du 3 juillet 2018.

En 1985, elle bénéficia de Mélanges dirigés par Michel Nortier, aujourd’hui consultables dans Gallica : Études sur la Bibliothèque nationale et témoignages : réunis en hommage à Thérèse Kleindienst, secrétaire général honoraire de la Bibliothèque nationale qui fournissent un certain nombre de contributions relatant son parcours au sein de la Bibliothèque nationale.

Thérèse Kleindienst est née en 1916 à Clamart. Ses grands-parents paternels sont originaires d’Alsace et ont opté pour la France après 1871. Son père est officier d’infanterie.

Au cours de sa scolarité au lycée Victor Duruy, la jeune fille montre des dispositions pour les matières littéraires. Elle obtient notamment plusieurs prix d’histoire au concours général. Après une classe préparatoire effectuée à l’Institut catholique de Paris, Thérèse Kleindienst entre à l’École des chartes, en novembre 1935. Elle n’a alors que dix-neuf ans.

Les années qui suivent sont des années studieuses, rythmées par les cours de l’École et les révisions chez ses amies de promotion, ou chez elle, à Clamart. Bientôt, sa thèse, consacrée à La topographie et l’exploitation des « marais de Paris » du XIIe au XVIIe siècle l’accapare entièrement, y compris l’été, lors de vacances passées dans la maison tant aimée de Saint-Gilles-Croix-de-Vie.

Lire : « À l’École des chartes », impressions et souvenirs d’Alice Gorgeon-Demartres confrontés avec ceux d’Anne-Marie Carment-Lanfry (Mélanges, p. 3-5)

1939 est l’année de tous les tournants. Le 2 février, Thérèse Kleindienst soutient sa thèse devant un jury composé entre autres de Julien Cain, administrateur de la Bibliothèque nationale, qui a déjà remarqué la jeune chartiste quelques mois plus tôt lors d’un dernier examen de fin d’étude. À cette occasion, il lui avait demandé « si cela lui plairait d’entrer à la Bibliothèque nationale » lorsqu’il y aurait une place dans les services de l’administration.

En attendant que l’opportunité promise se concrétise, la nouvelle archiviste paléographe se voit confier une mission de classement d’archives à Beauvais, d’abord pour préparer le 150e anniversaire de la Révolution française puis, très vite, pour mettre à l’abri de l’invasion allemande des documents précieux.

1940 est une période de transition où elle enchaîne les postes : au service de documentation de la SNCF, au Cercle de la Librairie, puis au service des prisonniers de guerre, avant que Julien Cain, fidèle à sa promesse, l’appelle le 1er janvier 1941 à la Bibliothèque nationale. La jeune femme ne sait pas encore que cette nomination scelle son destin et que sa carrière sera désormais indissociable de l’institution de la rue de Richelieu et d’une capitale - Paris - à laquelle elle n’était pas particulièrement attachée et qu’elle aurait sans doute quitté au début de sa carrière, si elle l’avait pu, pour un poste en Archives départementales. Encore aurait-il fallu que ceux-ci soient davantage ouverts aux femmes, ce qui n’était pas le cas à l’époque.

À la Bibliothèque nationale, Thérèse Kleindienst gravit rapidement les échelons : d’abord affectée au Service du catalogue, elle est ensuite nommée au Secrétariat, avec pour mission de mettre à jour les dossiers du personnel. Elle est par la suite affectée aux Archives.

Le Service actuel des Archives de la Bibliothèque nationale de France sait tout ce qu’il doit à Thérèse Kleindienst qui fut la première à proposer et à commencer de mettre en œuvre un cadre de classement pour les documents se rapportant à l’histoire de l’établissement.

Elle travailla ainsi pendant des années - racontent ses collègues - dans un petit bureau d’entresol, près d’une fenêtre éclairant davantage le parquet que son bureau, jonché de dossiers qu’elle traitait avec un soin scrupuleux, sans lassitude apparente. Est-ce à partir de cette époque que le personnel lui donna le surnom affectueux de « Mademoiselle TK » ?

Lire : « Souvenirs d’une collègue fugitive », par Marguerite Boulet-Sautel (Mélanges, p. 7-11).

Notons que l’attachement de plus en plus profond de « Mademoiselle TK » pour l’institution de la rue de Richelieu ne l’empêcha pas de s’intéresser à d’autres bibliothèques - en France et à l’étranger. Elle ne devait jamais se départir de cette curiosité intellectuelle et de cette ouverture sur le monde qu’elle avait manifesté dès l’École des chartes. Après la Seconde Guerre Mondiale, elle multiplie les voyages - Maroc, Italie, Grande-Bretagne, où le British Museum la marque et lui apprend beaucoup - et les missions - Bruxelles, Liège… Nommée conservateur en 1954, elle prend part dès l’année suivante et pour de nombreuses années au Congrès de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires (FIAB) puis au Colloque des Bibliothèques nationales d’Europe. Elle mène alors une réflexion théorique et pratique sur ce que doit être une bibliothèque d’envergure nationale, quelle que soit sa localisation.

Elle s’intéresse plus généralement à l’administration des bibliothèques et publie un livre éponyme sur le sujet, véritable ouvrage de référence maintes fois réédité.

Cette somme s’adresse aux élèves de la nouvelle École nationale supérieure des bibliothèques (ENSB) auxquels Thérèse Kleindienst donne des cours. C’est en effet une particularité de sa carrière d’avoir su lier heureusement tâches professionnelles et missions d’enseignement.

Les premières deviennent cependant de plus en plus lourdes et accaparantes à partir du 1er janvier 1963, date de sa nomination comme secrétaire générale de la Bibliothèque nationale, fonction qu’elle occupe jusqu’à sa retraite, en 1984.

Lire, sur l’histoire de cette fonction - équivalent du titre de directeur ou de directrice général(e) actuel : « Le secrétaire général de la Bibliothèque nationale », par Georges le Rider (Mélanges, p. 13-21)

Ces vingt-et-une années sont pour elle l’occasion de travailler avec plusieurs administrateurs généraux successifs : Julien Cain bien sûr - au cours d’une longue collaboration quasi filiale - mais aussi Georges Le Rider, André Miquel …

L’époque représente un véritable tournant pour la Bibliothèque nationale auquel Thérèse Kleindienst participe activement, portant sur toute chose son « œil vif » et intelligent. L’établissement doit faire face à une augmentation importante de personnel et à un accroissement des collections tel que de nouveaux départements sont créés - département des périodiques, département des Arts du spectacle… De grands fonds - Valéry, Bernanos, Barrès … - entrent rue de Richelieu.

La secrétaire générale se soucie des conditions de conservation de tous ces documents et sera l’une des premières à prôner l’installation d’un laboratoire scientifique près de la Bibliothèque.

L’heure est également aux agrandissements immobiliers - acquisition et rénovation du bâtiment Vivienne - et aux délocalisations d’une partie des collections en régions - site de Sablé-sur-Sarthe, de Provins … - Les années 1980, enfin, sont marquées par les débuts de l’informatique et l’arrivée de nouveaux supports.

« Mademoiselle TK » accompagne tous ces changements, en veillant à préserver les intérêts de l’institution. Ce dévouement lui vaut de recevoir les insignes de chevalier puis d’officier de la Légion d’honneur (en 1961 et 1973).

Lorsqu’en 2000, le comité d’histoire de la BnF l’a rencontrée pour un entretien, Jean-Yves Sarazin, en charge de l’interview, lui a demandé de citer sa plus grande réussite et son plus grand regret.

À la dernière question, « TK » répond en reprenant l’expression de Julien Cain, « trop peu et trop tard », pour évoquer l’insuffisance et le caractère tardif des crédits finalement accordés à la Bibliothèque pour faire face aux grands changements de l’époque.

À la première question, elle répond spontanément « Sablé » car aucune communication n’est possible sans conservation et la mission essentielle du « Centre technique de conservation de la BnF » est précisément de maintenir les documents en bon état afin de les proposer, sous leur forme originale ou reproduite, aux lecteurs.

La création du site de Sablé-sur-Sarthe lui-même doit beaucoup à Thérèse Kleindienst qui a fait embaucher et former par les ateliers de restauration de la BN d’anciens ouvriers d’imprimerie de la région dont les entreprises avaient fermé.

Ce sentiment de succès professionnel se teinte de souvenirs plus personnels : le château de Sablé dominant la Loire était l’objet de toute l’admiration de « TK » lors de ses trajets en train vers sa Vendée natale. Que ce bâtiment rêvé ait pu finalement devenir un site dédié à la conservation et au traitement des documents d’une Bibliothèque à laquelle elle avait consacré sa vie, ne pouvait manquer, en effet, de représenter à ses yeux, sa plus belle réussite.

Pour en savoir plus

- Notice Wikipédia de Thérèse Kleindienst,

- Hommage à Thérèse Kleindienst, publié par Olivier Jacquot, le 4 juillet 2018,

- Entretien avec Thérèse Kleindienst réalisé par Jean-Yves Sarrasin pour le Comité d’histoire de la BnF en 2000,

- Études sur la Bibliothèque nationale et témoignages : réunis en hommage à Thérèse Kleindienst, secrétaire général honoraire de la Bibliothèque nationale (Paris : BN, 1985),

- et, à l’intérieur de ces Mélanges, la Bibliographie des travaux de Mademoiselle Kleindienst,

- enfin le site du Comité d’histoire de la BnF.

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