BnF, Choix du bibliothécaire

Passion latino-américaine à Biarritz. Histoire d’un Festival

25 septembre 2018

La 27ème édition du Festival de Biarritz Amérique latine, cinémas et cultures va se tenir du 24 au 30 septembre. Depuis sa création, il fait vivre pendant une semaine la culture latino-américaine dans toute sa diversité, à travers ses expressions artistiques et les enjeux socio-politiques qui la nourrissent. Une semaine au rythme d’une riche programmation cinématographique et musicale, de rencontres universitaires et littéraires, d’expositions et de stands d’artisanat, dans un cadre sublime.

« L’ ABRAZO », le trophée du Festival, symbolise une histoire de passion, d’amitié et d’échanges culturels entre le pays basque, la France et le continent latino-américain.

Création de l’artiste Isabelle Esnult, la statuette représente une accolade chaleureuse entre un Basque et un Latino-Américain. Chacun des personnages porte son chapeau traditionnel. Elle illustre les vagues d’émigrations basques vers l’Amérique latine, les voyages qui, de génération en génération, ont tissé ce lien qui perdure.

Biarritz accueille à partir de 1977 les rendez-vous annuels d’automne du cinéma latino-américain ; l’année 1992 impulse un souffle nouveau à ses rendez-vous avec la création du Festival International de Biarritz Amérique latine, cinémas et cultures. Désormais, le cinéma déjà largement représenté par la sélection d’une trentaine de films en compétition ou hors-compétition international, côtoie la littérature, la peinture, des colloques et des expositions.

Lieux et Palmarès du Festival

Le Festival est devenu au fil des années un moment phare de la vie culturelle biarrote, dont le succès est incontestable. Il a rencontré son public, fidèle, toujours plus nombreux et enthousiaste. Avec une capacité de 1350 places pour la Gare du Midi, 1200 pour le cinéma Royal et 300 pour l’Auditorium du Village, les salles sont pleines. La présence importante du jeune public est à noter. L’organisation de débats entre réalisateurs et étudiants après la projection des films est en effet très appréciée des lycéens.

Pendant une semaine, les festivaliers, organisateurs, chercheurs, réalisateurs, journalistes, artistes, étudiants, retraités, français, basques, latino-américains et espagnols, déambulent entre le Casino municipal, Le Palais des Festivals, la Gare du Midi, le Cinéma Le Royal, l’Auditorium, le Village du Festival. Ces lieux qui hébergent les manifestations du Festival, se sont transformés et agrandis au fil des années. L’époque du Tipi, installé en extérieur devant de la Gare de Midi, est un lointain souvenir.

Désormais, le Village du Festival a pris ses quartiers au Casino Municipal où l’on peut déguster des plats remarquables de la gastronomie latino-américaine et où sont organisées des activités gratuites comme des soirées musicales. On peut voir une exposition, goûter une pâtisserie avant d’aller voir un film ou se plonger dans un débat autour de l’histoire du pays invité. Sur la terrasse du Casino, on peut rencontrer un artiste ou un écrivain latino-américain, plonger dans un livre en espagnol, acheté à la librairie du Village, tout en profitant pleinement de la vue imprenable sur la côte. Et le soir, assister aux concerts de musique latino-américaine et prendre des cours de tango.

De la part des organisateurs, il a fallu de la patience, de « l’Ardiente Paciencia » comme dirait l’écrivain chilien Antonio Skarmeta, dont le film éponyme (traduit en français sous le titre Le facteur) a été présenté en 1993 ; et surtout de la passion pour s’imposer, perdurer et faire rayonner le Festival.

Édition 2017 du Festival

Son succès, le Festival le doit avant tout à la qualité de sa programmation et à l’énergie de ses organisateurs. Tout au long de l’année, ils écument les festivals, à la recherche d’œuvres originales et de nouveaux talents, afin de pouvoir proposer aussi des films et des documentaires en avant-première.

Plusieurs catégories de films sont récompensées pendant le Festival par le Prix Abrazo du meilleur long métrage, l’Abrazo du meilleur court-métrage, l’Abrazo du meilleur documentaire, le Prix du public, très suivi par les spectateurs, le Prix du jury ; sans oublier les acteurs, avec les Prix d’interprétations féminine et masculine.

Dans le cadre des rencontres professionnelles, organisées depuis 2014, une bourse est attribuée à un réalisateur pour un séjour à la Résidence Lizières, créée par l’artiste multidisciplinaire, Ramuntcho Matta.

L’objectif de cette résidence est de disposer d’un espace où les artistes puissent se retrouver, échanger, se retirer, tisser des partenariats et être accompagnés pour développer leurs projets. Au terme d’un séjour d’un mois, le réalisateur sélectionné doit présenter son projet lors d’une journée appelée « domingo feliz / dimanche heureux », autour d’un déjeuner pique-nique.

Quelques moments forts du Festival

Le catalogue du Festival de 1992 célèbre rappelle deux magnifiques expositions réalisées cette année-là : les « Chefs-d’œuvre d’Amérique latine » : Antonio Segui (Argentine), Luis Zilveti (Bolivie), Siron Franco (Brésil), Fernando Botero (Colombie), Wilfredo Lam (Cuba), Oswaldo Guayasamin (Équateur), Herman Braun Vega (Pérou), José Gamarra (Uruguay), Pancho Quilici (Venezuela) » et « Six peintres mexicains en hexagone ».

Extrait du catalogue du Festival, édition 1992

Dans l’édition 1993, le Chili est à l’honneur : sélection de films et rétrospectives consacrés au Chili, présentations du « Panorama de la peinture chilienne » et du travail de « Roberto Matta ». Celle de 1998 fut marquée par les « 40 ans de rétrospective du Cinéma cubain » et un Forum consacré à « l’America Negra » avec la participation de Édouard Glissant. En 2000, l’exposition « Pérou millénaire » constitua l’événement majeur de cette édition. Et en 2017, la Colombie est l’invité d’honneur du Festival,qui fut le théâtre de rencontres exceptionnelles entre les réalisateurs colombiens et le public.

Cette même année, la projection du documentaire « Chavela Vargas », consacré à la vie de cette icône inoubliable de l’Amérique latine, artiste à la voix éblouissante et une femme d’exception, a remporté une très grand succès auprès des spectateurs et le Prix Abrazo du meilleur documentaire.

L’Uruguay est le pays à l’honneur pour cette édition 2018 : un Focus organisé par l’Institut de Hautes Études de l’Amérique latine « Uruguay : une terre de progressisme ? ». Sont projetés 10 films en compétition, 8 hors compétition, des documentaires et encore des films. Est présentée une exposition dédiée à la photographie contemporaine uruguayenne et une rencontre avec l’écrivaine cubaine Karla Suaréz est proposée au public. Et toujours des concerts tous les soirs, des cours de danse, des tapas, de l’émotion et de la passion pour cette semaine de partage et de découvertes. Un hommage exceptionnel sera rendu au grand écrivain uruguayen Juan Carlos Onetti, sous l’égide des deux grands auteurs spécialistes de son œuvre, Juan Carlos Mondragón et Antonio Muñoz Molina.

Cette année le jury du Festival sera présidé par le cinéaste Laurent Cantet, et sera composé du romancier Mathias Enard (prix Goncourt 2015), de l’actrice Marie Gillain ainsi que d’Agnès Godard (directrice de la photographie), de Sophie Mirouze (déléguée générale du Festival International du Film de la Rochelle) et de la cinéaste chilienne Marcela Saïd qui a reçu le Prix du Jury l’année dernière pour son film Mariana (Los Perros)

Les 28 volumes qui composent la collection complète des catalogues du Festival Biarritz Amérique latine de 1992 à 2018, viennent d’entrer dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, grâce au don réalisé par Lucile de Calan, membre du comité de sélection du festival, et à la collaboration entre les départements de l’Audiovisuel et de Littérature et Art de la BnF. Ils constituent une excellente source de recherches et de lectures pour poursuivre le voyage vers l’Amérique latine, connaitre son histoire et découvrir ses artistes qui ont marqué les dernières décennies.

Partager ce billet
  • TwitThis
  • Facebook
  • E-mail this story to a friend!
  • Print this article!
  • LinkedIn
Adresse du rétrolien (trackback) pour ce billet :
http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2018/09/passion-latino-americaine-a-biarritz-histoire-un-festival/trackback/

 

Laissez un commentaire



Pas d'URL (adresse de site web) ou alors sans le http, pour cause de spam.