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Maryse Condé Prix Nobel alternatif de littérature

16 octobre 2018
Maryse Condé en 2008

Maryse Condé en 2008

L’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé, âgée de 81 ans, a reçu le 12 octobre 2018 le New Academy Prize In Literature, ou Prix Nobel alternatif de littérature.

L’Académie Nobel a décidé de ne pas remettre le Prix Nobel de littérature en 2018 suite à un scandale d’agression sexuelle dans ses rangs. Les jurés du célèbre prix ont démissionné en série afin de montrer leur désapprobation avec les pressions qu’aurait subies une des accusatrices, elle-même jurée. Une « Nouvelle Académie » composée d’intellectuels, a créé un prix alternatif. Parmi les 47 nominés, figuraient  des écrivains du monde entier dont deux francophones, la canadienne Kim Thuy et la française Maryse Condé.

Née en 1937 à Pointe-à-Pitre, Maryse Condé part étudier à Paris à l’âge de 16 ans. Elle épouse le comédien guinéen Mamadou Condé en 1959 et s’installe en Afrique de l’Ouest où elle enseigne le français en Guinée, mais aussi au Ghana ou au Sénégal. Son séjour en Afrique inspirera plusieurs romans comme Heremakhonon, son premier roman publié en 1976 ou Ségou (1984). Dépitée de retrouver une société aussi hiérarchisée et inégalitaire qu’aux Antilles, déçue de ne pas comprendre ses origines africaines, elle revient en France en 1973 où elle se remarie et enseigne la littérature africaine dans plusieurs universités parisiennes. En 1975, à 39 ans, elle passe un doctorat de Lettres à la Sorbonne.

Maryse Condé se définit avant tout comme « non-conformiste ». Elle refuse en effet toutes les étiquettes : elle rejette la créolité chère à Patrick Chamoiseau ; elle se défend d’avoir été influencée par aucun écrivain ou philosophe français ni antillais, même si elle avoue admirer les œuvres d’Edouard Glissant, Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau et Simone Schwarz-Bart. Elle déclare ne pas non plus  faire « partie des groupes considérés comme intellectuels », s’inscrivant « en dehors d’eux et même plutôt contre eux » (Entretien, The French Review, mai 1999).

En rupture avec le réalisme merveilleux souvent apposé à la littérature sud-américaine et caribéenne, au style luxuriant, elle se déclare du côté des écrivains américains comme William Faulkner et Philip Roth :

« J’aime cette rigueur dans la psychologie des personnages, une dureté dans les dialogues et les descriptions. […] Je ne sais pas si on trouve des traces de leur style sur mon écriture mais je peux dire que l’esprit de leurs œuvres m’a beaucoup apporté » (ibid.)

De retour en Guadeloupe en 1986, elle fait, selon ses mots, « la paix avec son île ». Elle écrit alors plusieurs fresques familiales comme La vie scélérate (1987) ou Desirada (1997). Comme lors de son exil africain, la quête des origines n’est pas davantage comblée par la famille antillaise qui ne constitue pas un point d’ancrage. La définition de l’individu ne peut être, selon l’auteure, que son expérience personnelle. Brouillée par l’histoire familiale, la quête d’identité condamne les personnages à l’errance. Cette vie d’errance apporte néanmoins à Maryse Condé, sur un plan personnel, un « renouvellement nécessaire », qui survient avec son séjour aux États-Unis où elle enseigne la littérature française, notamment à l’université Columbia de New-York.

« Je m’efforce de faire une littérature qui échappe à toutes les rigidités, tous les canons, tous les interdits, tous les mots d’ordre, et qui corresponde à ce que moi, Maryse Condé, je suis face aux problèmes du monde qui nous entoure ».

Depuis une vingtaine d’années, elle tente de se raconter dans Le Cœur à rire et à pleurer (1998), un retour sur son enfance et dans La vie sans fards (2012), souhaitant être parfaitement honnête et échapper « aux demi-vérités ».

Pour en savoir plus

Tous les documents de et sur Maryse Condé à la BnF

Le Portail Francophonie

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