Manifestations

Hommage à Jean tardieu

19 janvier 2019

Jean Tardieu : un poète au travail. 1984

À l’occasion de l’anniversaire de la mort de Jean Tardieu, disparu le 27 janvier 1995, des comédiens, réalisateurs, auteurs rendent hommage au poète dimanche prochain 27 janvier, à partir notamment de la correspondance qu’il a entretenue avec diverses personnalités de son temps, en particulier des artistes et des écrivains.

Jean Tardieu est né dans une famille d’artistes, d’un père peintre et d’une mère musicienne. Sa créativité en sera profondément influencée. Il s’approprie un autre matériau, le langage, qu’il n’aura de cesse d’interroger, de manipuler, d’un point de vue aussi bien plastique que mélodique et rythmique, mais aussi métaphysique. Car si Tardieu s’émerveille de la puissance poétique et évocatrice de la langue, il en conçoit aussi la fragilité, l’arbitraire, la vacuité et la duplicité, propres à évoquer ceux de l’être-même.

Cette conscience « d’une sorte d’arrière-monde prodigieux, mais incertain et confus qui échappe à notre prise et qui n’est plus qu’une sorte de vaste interrogation nocturne, manifestée par le souffle de son absence même » (On vient chercher Monsieur Jean) semble remonter à une expérience adolescente de non-reconnaissance de sa propre image dans un miroir. Cette rupture avec le réel, cette perte d’identité, il va les explorer à travers les diverses possibilités qu’offre le langage, faisant de chaque poème, de chaque pièce, une tentative de dire l’indicible. Ses recueils, Le Fleuve caché, L’Accent grave et l’accent aigu, naviguent sur la frontière ténue entre le réel et l’irréel, l’absence et la présence, à l’image du Rhône et de la Valserine qui, paysage de son enfance, se perdent dans les profondeurs inaccessibles pour resurgir comme par surprise, comme l’alternance du jour et de la nuit,

« ce grand spectacle, plein de vacarme et de tumulte, et qui pourtant reste muet, devenait un prodige permanent, où les êtres et les choses tour à tour se montrent et se dispersent, comme les traces fulgurantes d’une réalité contradictoire toujours inaccessible qui, dans le même temps, existe et n’existe plus » (Margeries).

L’écriture dramatique lui permet de toujours remettre en cause ce qui semble acquis, le sens du langage, la logique d’une situation, la classification du monde, en faisant s’entrechoquer les mots, les sons, les rythmes. En témoignent les titres tels que Poèmes à jouer, Théâtre de chambre, La Comédie de la comédie, Un geste pour un autre. Il pointe les difficultés de communiquer, proche de Beckett, de Ionesco, à travers la mise en scène de situations absurdes. Le rire affleure, porté par le burlesque et le ridicule, mais toujours grinçant. En effet, dans l’humour, qu’il décline sous toutes ses formes (la caricature, le burlesque, l’absurde, la naïveté, le comique de situation, etc.) et dans tous les genres, Tardieu trouve un autre moyen d’exprimer le chaos de l’existence.

« Faire sortir le poème de la page »

« Je voulais que mes poèmes puissent être embrassés d’un coup d’œil, c’est-à-dire dans un espace visible et non dans le déroulement temporel de la lecture. À d’autres moments, j’étais jaloux de la Musique. J’essayais de lui voler ses secrets, sa magie. Je voulais faire en sorte que l’on puisse écouter mes poèmes, comme on assiste à un concert » (Margeries).

Le sens baudelairien du mot « correspondances » s’applique bien à l’œuvre de Tardieu. C’est dans (ou entre) les liens ténus qu’il tisse entre la peinture, la musique, le langage, le jeu théâtral, que sa vision du monde et de la poésie s’exprime. Ainsi dans Poèmes à voir ou dans Figures, qu’il place dans le sillage des Calligrammes d’Apollinaire. La pièce Conversation-sinfonietta est une tentative d’orchestration du dialogue à la manière d’une symphonie. Dans L’Espace et la flûte, il fait résonner les douze dessins de Picasso avec des poèmes mis en regard, sur le thème de la flûte. Par ailleurs, nombre de ses poèmes ont été adaptés en musique. La traduction même, qu’il pratique de l’allemand vers le français pour L’Archipel d’Hölderlin, n’est-elle pas également un moyen de faire correspondre une langue avec une autre ? De faire se rencontrer deux expressions verbales du monde ?

Toujours avide de nouveauté, Tardieu entre à la Radiodiffusion française en 1944. L’essor de ce média permet toutes les audaces. Il dirige le « Club d’essai », puis le Centre d’études et le programme France-Musique. Ce sont des espaces d’expérimentation des nouvelles possibilités de création radiophonique, tant littéraires que musicales, où il accueille tous ceux qui souhaitent innover en « utilisant au maximum le “signifiant sonore” » (On vient chercher Monsieur Jean). En témoignent ses pièces écrites pour la radio. Il dirigea aussi les Cahiers d’études de radio-télévision qui ouvrent le champ à la réflexion sur « les aspects scientifiques et artistiques de la radiodiffusion et de la télévision ».

Correspondance

La rencontre, l’échange, Tardieu les cultive dans sa correspondance avec ses amis. Avec son camarade de lycée, le latiniste et étruscologue Jacques Heurgon, avec Roger Martin du Gard, en particulier depuis Hanoï. Mais aussi avec Gaston Bachelard, Jean Dubuffet, Pierre Jean Jouve, Jean Paulhan, Francis Ponge, Raymond Queneau, Jules Supervielle, Virginia Woolf, Yves Bonnefoy, et bien d’autres encore, dont on trouve des lettres dans le numéro des Cahiers de l’Herne consacré à l’auteur. Correspondre avec des écrivains, des peintres, des musiciens lui permet-il d’explorer encore les mystères de la communication, la difficulté de saisir l’identité des choses en confrontant le langage des mots et celui des arts ?

Pour aller plus loin

- Sur dataBnF, la notice consacrée à Jean Tardieu fait état de ses nombreuses activités
- Les livres de Jean Tardieu sont disponibles en libre-accès en bibliothèque d’étude, salle H, cote [84/4 TARD]

Deux entretiens vidéos :
- Jean Tardieu : un poète au travail. Images animées. 1984. 22 min 07 s.
- Jean Tardieu ou le Voir-dit. Images animées. 1991. 28 min.

- Jean Tardieu : comment parler musique ? Exposition présentée à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris du 13 septembre au 9 novembre 2003.

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