Hommage

Claude Mesplède (1939-2018)

27 mars 2019

Claude Mesplède au 3e Festival du polar méditerranéen de Villeneuve-lez-Avignon, octobre 2007

Claude Mesplède au 3e Festival du polar méditerranéen de Villeneuve-lez-Avignon, octobre 2007 - cliché : Jean-Marie DAVID Dinkley

Le très prochain festival lyonnais Quais du polar, de dimension internationale, nous offre l’occasion de saluer Claude Mesplède, disparu il y a quelques mois, le 27 décembre 2018.

Que ce soit Monsieur Georges, un personnage d’instituteur déporté, le commissaire Goémond, héros – si l’on peut dire – de Jean-Patrick Manchette, l’OBE Ellis Peters, « mère » du moine Cadfael, ou bien encore le journaliste Andreï Mladin vivant sous la férule de Ceausescu, tous vont peut-être voir arriver auprès d’eux, avec sympathie et délectation, Claude Mesplède, souvent honoré du titre de « Pape du polar », comme le fut Michel Lebrun avant lui.

On pourrait aussi citer, pour lui rendre hommage, un nombre important d’auteurs qui ont appelé leur enquêteur – ou pire ! – de son nom même… C’est, par exemple, DOA et Dominique Manotti qui font apparaître le brigadier Claude Mesplède dans l’Honorable société. Mais aussi James Ellroy dans sa trilogie Underworld USA, qui choisit d’en faire un tueur à gages ! Car la renommée de Claude Mesplède fut et restera internationale, comme le champ qu’il a embrassé : le polar. Quoi de plus vaste, de plus répandu, que cet insatiable appétit dont nous faisons quasiment tous montre pour ce genre ?

Qu’il devienne le référent de ce domaine pour l’Encyclopaedia Universalis, qui recense d’ailleurs le grand œuvre qu’il a dirigé, le Dictionnaire des littérature policières – cette bible du genre, à la fois encyclopédique et pédagogique, ne vous laissera rien ignorer de ce monde foisonnant et universel – qu’il préside 813, l’association des amis de la littérature policière, ou bien encore qu’il fonde, avec son épouse Ida, le festival Toulouse polar du sud en 2007, le dirigeant pendant 7 ans, mais aussi Lisle noir à L’Isle-sur-Tarn, rien du roman policier ne lui reste étranger.

Adhérent et militant très actif, pendant de longues années, au parti communiste et à la CGT dans le secteur de l’aéronautique, Claude Mesplède a été un homme engagé, tentant notamment d’amener la culture au plus près des personnels, par exemple jusque dans un hangar d’Air France à Toulouse, par un concert de l’Orchestre du capitole ! Le polar, pour lui, c’est d’abord un genre populaire et politique, révélant les clivages sociaux et participant aux combats à toujours mener contre le racisme, l’antisémitisme, l’exclusion… C’est par le polar américain, très réactif à la société qui l’engendre, que Claude Mesplède est tombé dans la marmite bouillonnante du roman noir, du roman policier et du thriller. Il dit bien, dans Trente ans d’écrits sur le polar 1982-2012, que sa vie s’est trouvée transformée quand il a lu La Moisson rouge de Dashiell Hammett.

D’ailleurs, c’est par la série noire qu’il commence son œuvre immense de critique et d’anthologiste. En 1982, il publie, en collaboration avec J.-J. Schleret, Voyage au bout de la Noire, dont le titre complet ne manque pas de piment : « Inventaire de 732 auteurs et de leurs œuvres publiés en séries Noire et blême ».

On ne compte plus ses publications tous azimuts. À commencer par ses deux romans, Pas de peau pour miss Amaryllis (1987) pour la jeunesse, dans la collection au joli nom de « Souris noire » chez Syros, et Le Cantique des cantines (1997) dans la collection du Poulpe aux éditions La Baleine ; de nombreuses nouvelles aussi, comme dans le recueil L’Exquise Nouvelle : aventure littéraire et néanmoins facebookienne. On ne saurait tout citer.

Vignette extraite de Trésors du roman policier, catalogue encyclopédique 1985-1986 de Jacques Bisceglia

Mais Claude Mesplède se distingue surtout par une efflorescence incroyable dans le domaine de la critique de romans et de films : présentations, préfaces, postfaces, il lit tout et voit tout… Citons-en simplement quelques-unes : Les Collections policières en France au tournant des années 1990, Le Masque de mort, La Fille des Fjords, Qui veut la peau d’Andreï Madlin?, Quatre carnages et un enterrement : lire et écrire des nouvelles policières, comment faire ?

Claude Mesplède a également œuvré à des entreprises de longue haleine : à côté de son Dictionnaire des littératures policières, il y a les six volumes des Années Série Noire, analysant chacun pas moins de cinq cents titres ; des anthologies aussi nous font réviser notre polar en France, telle que La Crème du crime : anthologie de la nouvelle noire et policière française, par exemple.

Enfin, toujours très actif et désirant faire découvrir au mieux tout ce qu’il serait possible de faire lire aux lecteurs passionnés, Claude Mesplède a dirigé de nombreuses collections : « Le Mascaret noir » aux éditions Le Mascaret de 1987 à 1994, « Bibliothèque du Mystère » et « Bibliothèque du Suspense » aux éditions du Rocher de 1999 à 2003, « Noir urbain » : un lieu, un auteur, une photographe, une fiction - le grand roman noir de la ville aujourd’hui aux éditions Autrement, de 2004 à 2005, « Double Noir » publiée par l’association Nèfle noire.

Son œuvre vive et protéiforme lui vaut des prix très fréquents. Ainsi, en 2008, reçoit-il le Trophée d’honneur de 813 pour l’ensemble de son œuvre et en 2010, le diplôme d’honneur de la Société Sherlock Holmes de France : à tout seigneur grand découvreur et grand vulgarisateur, tout honneur d’un nom qui fait vibrer l’un des mythes de la littérature policière mondiale… D’autant plus que Claude Mesplède, fort de sa passion pour le roman policier dans toutes ses dimensions, rencontre évidemment la Littérature avec un grand L, comme l’on dit souvent en instaurant une distance légèrement condescendante avec les genres populaires ou les « mauvais genres », ne serait-ce qu’en nous rappelant à quel point des auteurs tels que Maupassant, Apollinaire, Wilde ou encore Erckmann-Chatrian en ressortissent par bien des côtés.

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