Choix du bibliothécaire

Les conseils de lecture et relecture pendant le confinement

3 avril 2020

Le confinement déclaré par les autorités fait que toute la France ressemble à une salle d’attente. Et dans toute salle d’attente, il y a une pile d’imprimés. Partout les conseils fusent sur les lectures à faire par temps de confinement, comme pour donner du contenu à l’injonction présidentielle « Lisez ! » du 16 mars 2020. La BnF n’est pas en reste dans ces conseils, au travers de son fil Twitter par exemple.

Le premier conseil est évidemment de se retrouver sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF et de ses partenaires.

Le second conseil pourrait être de lire pour comprendre le temps présent et relativiser l’épreuve que l’humanité traverse. Les lecteurs français se sont rués sur la Peste de Camus. L’horizon d’attente du lecteur de 2020 est aujourd’hui bien différent de celui des années 40 où la peste était brune. Sartre a d’ailleurs reproché à Camus de faire des nazis de simple microbes. Par exemple, comment ne pas voir une certaine banalité du mal dans « l’essentiel était de bien faire son métier » auquel se raccroche de docteur Rieux, ou le constat que la peste « était d’abord une administration prudente et impeccable, au bon fonctionnement ». Quelques pages plus loin, la description de l’arrivée des pestiférés au dispensaire relève d’une déshumanisation des malades telle que celle que l’on pouvait connaître des camps d’extermination à la sortie de la guerre. Au coeur du roman, la description des enterrements de plus en plus hâtifs qu’on en arrive au four crématoire installé au bout d’une voie ferrée, renvoie encore plus clairement à la solution finale. Si les références à la 2eme guerre mondiale sont omniprésentes, la référence à la Grande Guerre apparaît aussi dans le texte. Face au fléau, il y a ce consentement, que l’on retrouve chez les poilus, et que Camus appelle de l’ « indifférence distraite », celle des « combattants des grandes guerres, épuisés de travaux, appliqués seulement à ne pas défaillir dans leur devoir quotidien et n’espérant plus ni l’opération décisive, ni le jour de l’armistice ». En 2020, l’horizon n’est plus métaphorique. Il y a dans une certaine mesure une perte de sens liée à cette perte de distanciation. Reste que l’on est dans les grands livres de la tragédie auxquels Mona Ozouf associe dans l’Express de la semaine du 2 avril 2020 les auteurs Primo Lévi (Si c’est un homme), Vassili Grossmann (Vie et destin) ou Robert Antelme (L’espèce humaine) et que l’on peut relire.

Marcel Proust par Otto vers 1893Un autre conseil est de se plonger dans les romans fleuves que l’on n’a pas l’occasion de lire en dehors de longues périodes de disponibilité, par exemple pendant les vacances d’été. Le confinement devient alors une sorte de festival de le lecture. Ou alors pendant une période d’hospitalisation longue. Pensons au narrateur du Lambeau de Philippe Lançon, qui, hospitalisé à la suite de blessures lors des attentats de Paris en 2015, se plonge dans les volumes de La Recherche dans l’édition Pléiade aujourd’hui épuisée de 1954. Le conseil est aussi donné par Antoine Compagnon - président du conseil scientifique de la BnF - dans l’Express mais aussi par Eric Naulleau dans le Figaro du 2 avril 2020, qui rappelle la préface de Proust au Sésame et les lys de John Ruskin :

Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passé avec un livre préféré

A côté de la Recherche, Eric Naulleau conseille Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas et Auguste Maquet, L’Homme sans qualités de Robert Musil, ainsi que Les Hommes de bonne volonté de Jules Romains (Louis Farigoule) en 27 volumes qui reflètent vingt-cinq ans d’historie mondiale.

Enfin et surtout, le meilleur conseil est non pas de lire, mais de relire les écrivains que l’on aime. C’est pourquoi Mona Ozouf, titulaire du prix de la BnF pour l’ensemble de son oeuvre, revient sur George Eliot. Chacun d’entre nous a sa George Eliot avec ses livres source de réconfort. Pour tel ce seront des romans policiers (Simenon, Agatha Christie ou Maurice Leblanc), pour tel autre encore des livres que l’on a lus adolescents : Hugo, Balzac, Zola, ou encore les albums de BD. Et la mort récente d’Uderzo le 24 mars 2020 peut nous inciter à relire les aventures du Gaulois Astérix qui résiste si bien à l’adversité depuis son village pris de fièvre obsidionale. Quel sera le druide qui trouvera la potion contre le coronavirus ?

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