La quête du son

L’enregistrement magnétique

2 mars 2009
Valdemar Poulsen

Valdemar Poulsen. DR.

En 1898, Valdemar Poulsen, employé à la compagnie du téléphone danoise, invente un appareil pour enregistrer les conversations téléphoniques, le Télégraphone, en utilisant une corde à piano enroulée sur un cylindre. En 1900, il remporte le Grand Prix de l’Exposition universelle, mais comme on ne sait pas encore amplifier le signal électrique, le son de l’appareil est trop faible pour être utilisé pour la musique.

On l’utilise comme dictaphone et, à partir de 1925, comme répondeur téléphonique. Accessoirement, la marine allemande s’en sert également pour envoyer des messages codés durant la I° guerre mondiale (transmission en accéléré et lecture au ralenti) ce qui vaut à l’invention d’être plus ou moins inutilisée aux USA où les espions allemands s’en servaient beaucoup…

Avec l’apparition des amplificateurs dans les années 20, l’idée est reprise en Allemagne par Kurt Stille qui fabrique en 1928 le Textophone, enregistrant sur un fil d’acier, et en 1929, par Ludwig Blattner qui propose le premier enregistreur sur bande d’acier, le Blattnerophone, utilisé par la BBC pour ses émissions rediffusées (mais il pèse une tonne et il faut 1km et demi de bande pour 1/2 heure d’enregistrement). En 1934, AEG et BASF fabriquent le premier Magnetophon enregistrant sur bande magnétique souple et le premier enregistrement est réalisé dans la salle de concert de BASF le 19 novembre 1936 par le London Philharmonic Orchestra dirigé par Thomas Beecham.

La guerre arrive et l’invention est utilisée avant tout dans un but tactique, tout à la fois par la Gestapo pour espionner et crypter les messages, et par la Radio Allemande (Reichs Rundfunks Gesellschaft) qui, à partir de 1942 enregistre tous ses concerts sur bande magnétique pour soutenir le moral de la population. Les performances de ces premiers magnétophones sont bien supérieures à celles du 78 tours : bande passante de 50 à 10 000 Hz, 60 dB de dynamique, moins de 1,5% de distorsion : un son déjà proche des standards de la Hi-Fi. Les ingénieurs du son font mêmes quelques essais d’enregistrement stéréophonique.

Magnetophone d'AEG, 1935

Magnetophone d'AEG, 1935

En Angleterre, la Royal Navy commande à DECCA un système d’écoute suffisamment précis pour capter le bruit des moteurs des sous-marins allemands. Les ingénieurs du son perfectionnent alors micros et électroniques. De là naîtra le Full Frequency Recording, c’est à dire l’enregistrement haute-fidélité, appliqué après-guerre aux derniers 78 tours, qui ont une bande passante pouvant s’étaler de 16 à 20 000Hz.

L’enregistrement sur bande magnétique, qui permet de réaliser des montages alors que la gravure directe des 78 tours n’autorisait aucune correction, se répand dans les studios à partir de 1950, grâce à la copie américaine des magnétophones allemands confisqués à la fin de la guerre, les Ampex. Mais ses avantages, comme la haute fidélité, ne peuvent être exploités qu’avec un nouveau support, c’est le microsillon, fabriqué commercialement en 1948. Avec un sillon trois fois plus fin que celui du 78 tours, il permet une durée de 20 à 30 minutes par face au lieu de 3 à 4′30 maximum. Fabriqué en PVC, il est aussi nettement moins bruyant que les disques en gomme-laque (5,6 fois plus de dynamique). Les derniers 78 tours sont fabriqués en 1956.

Avec le nouveau support magnétique, il est plus facile de réaliser des enregistrements stéréophoniques (d’abord en synchronisant deux machines, puis en divisant la largeur de la bande en deux et en utilisant deux têtes séparées) et les essais sur la stéréo reprennent aux USA à partir de 1952. En 1954, sont réalisés les premiers enregistrements stéréophoniques commerciaux (le premier: Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss par Fritz Reiner, enregistré avec deux micros Neumann et un magnétophone Ampex), d’abord vendus sous forme de bandes magnétiques, les premiers disques stéréophoniques n’apparaissant sur le marché qu’en 1957. En 1970 la quadriphonie, lointain ancêtre du 5.1, fait une brève apparition, mais c’est un échec commercial complet.

En fait, dès l’apparition de l’enregistrement stéréophonique, les principes modernes de la prise de son étaient inventés, les progrès suivants n’étant que des améliorations du système original.

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