Les inventeurs

Les inventeurs : Charles Cros

30 avril 2009

Charles Cros

Touche-à-tout, poète et inventeur dans les domaines du téléphone, du télégraphe et de la photographie couleur, Charles Cros (1842-1888) dépose le 18 avril 1877 à l’académie des sciences un pli cacheté [1], enregistré le 30 avril et ouvert le 3 décembre à sa demande.

Il développe l’idée d’un tracé en relief ou en creux sur un matériau résistant, a priori le disque, comme support d’enregistrement. Par rapport au phonautographe de Léon Scott, on passe donc d’un tracé à plat à une gravure.

Il pense à des “procédés photographiques actuellement bien connus” ce qui renvoie à la photogravure qui implique que le support soit transparent. On enduit de noir de fumée la surface d’une plaque de verre dont une partie est mise à nu sous le passage du stylet, qui enlève le noir de fumée. En photographiant le support noirci de fumée avec ces tracés “blancs”, on obtient un “négatif” : les tracés sont “noirs”. On “pellicule” alors la plaque de verre de l’appareil photographique, c’est-à-dire qu’on en tire un film souple. Après avoir préparé une plaque de zinc ou de cuivre enduite de bitume de Judée, dont la propriété physique est de durcir s’il est exposé à la lumière, on superpose le film souple et la plaque métallique et on expose le tout au soleil. Le tracé de couleur noire correspondant à l’enregistrement ne laisse pas passer la lumière tandis que les parties vierges, transparentes sur le film, laissent passer la lumière et se durcir le bitume. On dépose alors un acide qui creusera la plaque en la mordant aux endroits où le bitume de Judée n’aura pas durci. Dans l’idée de Cros, ce serait ce support-là qui serait lu.

Il évoque les problèmes que pose le disque à cause de la difficulté de graver en son centre. L’inconvénient est qu’il faut adapter la vitesse de rotation du disque à l’endroit où se trouve la pointe de gravure. Le cylindre pallie cet inconvénient par son axe de défilement mais a lui-même un inconvénient : aucun moulage de cylindre enregistré ne sera possible avant 1901.

Si Cros ne donne initialement pas de nom à son appareil, il emploie par la suite le terme de “paléophone”.

Cros démarche plusieurs personnes pour la réalisation de l’appareil, en vain, et reconnaît par la suite le travail d’Edison.

Dernière et fatale défaite face à un Edison triomphant, Charles Cros meurt en 1888.

Alphonse Allais reste le plus fidèle défenseur de la mémoire de son ami.

Lors d’un éloge funèbre qu’il lui consacre dans Le Chat noir le 18 août 1888

“Notre pauvre ami Charles Cros est mort. Le connaissant bien, je l’aimais beaucoup, et, quoique le sachant malade et affaibli depuis longtemps j’ai été douloureusement stupéfié de sa mort si brusque.

Pauvre Cros ! Je le revois encore le jour où je le rencontrai la première fois. C’était, si je ne me trompe, en 76… J’avais lu dans Le Rappel  une chronique scientifique de Victor Meunier, qui semblait un conte de fées.

Un jeune homme venait d’inventer un instrument bizarre qui enregistrait la voix humaine et même tous les autres sons, et qui non seulement en marquait les vibrations, mais reproduisait ces bruits autant de fois qu’on le voulait. L’instrument s’appelait le paléographe. La théorie en était d’une simplicité patriarcale. Le lendemain, grâce à mon ami Lorin, je connaissais Charles Cros, l’inventeur du merveilleux appareil dont M. Edison devait prendre le brevet, l’année suivante.

Charles Cros m’apparut tout de suite tel que je le connus toujours, un être miraculeusement doué à tous points de vue, poète étrangement personnel et charmeur, savant vrai, fantaisiste déconcertant, de plus ami sûr et bon. Que lui manqua-t-il pour devenir un homme arrivé, salué, décoré ? Presque rien, un peu de bourgeoisisme servile et lâche auquel sa nature d’artiste noble se refusa toujours. Il écrivit des vers superbes qui ne lui rapportèrent rien, composa en se jouant ces monologues qui firent Coquelin Cadet, eut des idées scientifiques géniales, inventa le phonographe, la photographie des couleurs, le photophone.”

Car son projet à lui n’a pu aboutir à un appareil concret. Ce serait la conséquence du conflit de conscience de l’épouse du “mécène” de Charles Cros, la duchesse de Chaulnes, car selon elle, “Dieu seul pouvait créer la parole et que c’était blasphémer terriblement que d’oser vouloir s’égaler à lui en essayant de faire croire à une puissance impossible.”

[1]. Le pli cacheté est la formule du pauvre, par rapport au brevet payant, pour prouver l’antériorité

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