La quête du son

L’enregistrement acoustique : 1877-1925

20 mai 2009

Une séance d'enregistrement d'opéra en 1908. On voit les violons Stroh au premier rang.

Malgré l’essor croissant de la musique enregistrée, le son des disques ou cylindres à enregistrement acoustique, n’est pas excellent. En effet, les enregistrements sont effectués sans amplification, seules les vibrations sonores actionnent le burin graveur.

Leur force mécanique est très faible et l’on ne peut enregistrer que des instruments au puissant volume sonore, et à condition, encore, qu’ils soient très près du cornet acoustique. Les séances d’enregistrements sont épiques : plus de douze heures en continu le chanteur doit répéter son morceau à tue tête, l’accompagnement d’orchestre se réduit à quelques musiciens, les instruments à cordes frottées sont remplacés par des vents ou adaptés comme le violon Stroh dont les cordes sont montées directement sur un diaphragme amplifié par un cornet. Les voix passent plus ou moins bien, celles des hommes mieux que celles des femmes, en raison de la très faible bande passante — 250 à 2.500 Hz, à peine celle du téléphone — qui supprime toutes les fréquences aiguës. Enfin le bruit de fond est très important, réduisant le rapport signal/bruit à 10 dB.

On enregistre donc surtout des chanteurs, des orchestres de cuivres ou de jazz, le violon n’est guère fameux, pas plus que le piano nettement distancé par le piano mécanique.

Voici comment le pianiste Gerald Moore décrit une séance d’enregistrement dans les années 20 :
“Le studio d’enregistrement était purement utilitaire : les murs - ou dirai-je les palissades ! - étaient en planches non polies, le sol en bois dur ; en l’absence de tout matériau pour absorber le son, mes pas tonnaient sur le parquet nu, ma voix retentissait comme si ma tête se fût trouvée dans la caisse de résonance de quelque gigantesque contrebasse. Je fis courir mes doigts sur les touches du piano, et fus atterré par la rudesse métallique de sa sonorité : à l’examen, je découvris que l’art de l’accordeur avait rendu le piano aussi percutant que possible en limant les feutres des marteaux. Un énorme cor ou une énorme trompette faisait saillie dans la pièce, et s’effilait en s’enfonçant dans le mur ; de toute évidence, il communiquait avec la chambre des machines, recueillant les sons et les enregistrant sur le disque de cire tendre. A côté de ce cornet se trouvait une fenêtre juste assez grande pour y passer la tête, bien qu’on ne pût l’ouvrir du studio.[...]

Un enregistrement de violon, 1905.

Un enregistrement de violon, 1905.

Il faut se rappeler que le cornet constituait le nombril de notre monde, inamovible, et que bien entendu le chanteur devait se tenir debout devant. Que dis-je ! Cela ne suffisait pas : il enfonçait la tête jusqu’au milieu du cornet. L’on ne pouvait déplacer que le piano, tantôt ici, tantôt là, et je me retrouvais souvent, une fois l’équilibre mis au point et quand nous étions prêts à faire les matrices des disques, avec une vue en perspective du chanteur; je ne distinguais de lui que ses fesses, tandis que mon piano se trouvait éloigné de toute la longueur d’une salle de billard.

Mais c’était l’enregistrement des duos qui me divertissait le plus. Il se transformait souvent en empoignade entre les protagonistes : ténor et basse, ou soprano et baryton. Chacun voulait briller, chacun voulait monopoliser le cornet ; étant donné les charges et les poussées qui s’ensuivaient, je m’émerveillais qu’il leur restât le moindre souffle pour chanter.”

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